Friday, August 10, 2007

Ces gens qui ont fait de mon séjour en Arménie...

Julka, ma colloc lituanienne de chambre pendant 7 mois. Une fille courageuse avec qui j'ai passé de vrais bons moments à péter les plombs, à partager nos difficultés et à en rire...


Anahit, une autre Arménienne très ouverte d'esprit qui m'a proposé son aide et sa disponibilité dès le début, m'intégrant dans le dynamisme culturel d'Erevan. C'est aussi la plus belle que je connaisse!


Gregor, le plus proche de mes amis. Il a toujours été là pour m'écouter, pour partager. Nos avons eu de longues discussions assez alcoolisées je dois dire, à refaire le monde et à nous refaire nous mêmes. C'est son intérêt pour l'autre et son honnêteté à toute épreuve qui m'ont le plus touchée. L'amitié franco-allemande existe.


Hayes, l'Américain amoureux de la cuisine française. J'ai mis du temps à découvrir ce personnage au passé peu commun, qui a une grande culture et une générosité de coeur émouvante. C'est au Haut-Karabakh que j'ai compris tout ça.


Rajat, l'Indien avec qui j'ai passé quelques nuits blanches arrosées pendant l'hiver, à raconter nos vies et à médire sur les Arméniens. J'ai vraiment découvert la culture indienne grâce à lui.


Pour mon frère qui avait peur que je n'aie pas d'amis en Arménie.


Gohar, ma coordinatrice. Elle a tout fait pour que mon séjour et mon projet se passe au mieux. Elle m'a écoutée et a su s'adapter et me comprendre même si nous sommes totalement différentes. Sa famille est ma deuxième famille en Arménie.



Tagouhie, ma tutrice. Un tempérament de feu mêlé à une humanité sans pareille. Elle m'a fiat découvrir la culture arménienne et ses différentes facettes. Elle s'est toujours battue pour mes droits. Elle s'est aussi européanisée à mon contact et m'a énormément apporté.



Joao, le premier étranger que j'ai rencontré ici. Il m'a supporté plus qu'autre chose et m'a permis de rencontrer des gens, de découvrir la ville. J'ai passé de très bons moments avec lui. La France est aussi une culture latine.



Emma, une amie arménienne disponible qui m'a emmenée en Turquie et formée dans le domaine des échanges de jeunes. C'est quelqu'un qui relativise et qui a apaisé ma colère contre les Caucasiens plus nationalistes les uns que les autres.


Stepan, un étranger dans son pays tellement il est européen. Un garçon généreux dans tous les sens du terme qui pense d'ailleurs trop à l'autre avant de se prendre en considération. Il m'a fait découvrir l'Arménie parce qu'il est accros à la randonnée.

Monday, August 6, 2007

Zatik



Il arrive un moment (et ce moment arrive souvent) où on se demande ce qu'on fout là. Il faut absolument trouver les vraies raisons sinon Air France ne devient pas une aide mais un secours vital... Je dois avouer qu'au début, malgré l'ouverture d'esprit et l'accueil du personnel de cet orphelinat, l'intégration a été difficile. Je ne m'y sentais pas à l'aise malgré ou à cause des prévenances à mon égard. Je ne savais pas quoi faire là bas avec ces ados dont la moitié habite dans une maison cachée, tentant de survivre, privées des subventions de l'État parce qu'elles ont plus de 18 ans. Malgré leur âge, elles sont vraiment adolescentes. Pour les jeunes hommes, pas de problème, l'armée est une solution de deux ans.


Que c'est difficile à comprendre une adolescente! Jamais contentes! Si je leur apprends le français, elles me disent que c'est trop difficile, qu'elles préfèrent jouer. Je leur apporte des jeux et des animations, elles me disent qu'elles perdent leur temps. Cette situation a duré 5 mois! Je me demandais vraiment à quoi je servais. Puis soudain me prend l'idée tellement incongrue de faire un spectacle de théâtre en français. Du jamais vu: l'idée fait l'unanimité. (J'aurais quand même pu y penser avant!)


Le spectacle est une composition de Prévert, de Baudelaire, de Brel et de Gainsbourg. Elles sont 9 avec un garçon. Elles sont merveilleuses.


Zatik est devenu pour moi un mot magique par ce qu'il représente. Il y a Satenik, la prof de français qui m'a ouvert ce monde, chouchoutée pendant ces 8 mois et qui me prend pour sa fille. Je n'aurais RIEN pu faire sans elle! En plus, elle a une ouverture d'esprit extraordinaire! Elle comprend ce que je dis sur l'Arménie puisque n'ayant pas toujours vécu ici, elle a connu à son retour des moments difficiles. Elle m'a fait confiance et m'a beaucoup apporté! Et puis il y a mes filles (c'est comme ça que je les appelle) qui font preuve d'un manque d'amour considérable, d'un courage incroyable et qui ont des personnalités tellement différentes! Elles sont ma joie, elles sont ma raison de rester encore en Arménie. Où que j'aille, elles me manquent. J'ai l'impression de les abandonner si je ne les vois pas régulièrement.


Chaque fois, j'ai des émotions très fortes. Ma gorge se serre et je retiens mes larmes quand je pense que je ne vais plus les voir bientôt et que je ne vivrai plus ces moments de joie avec elles. Mariam, Anouche, Mérie, Edgar, Serbouhie, Aïda, Kariné, Christiné, Adelina, Aspram, Chorik, Lilith, duq im tziatzane eq...Yes dzez shat sirum em.

Thursday, August 2, 2007

Ne vous inquiétez pas, l'Arménie va mal...



Gyumri, deuxième ville d'Arménie, dévastée par le tremblement de terre de 1988. La ville, assaillie par la presse et la diaspora, est redevenue paisible, chaleureuse et propre. Nous y rencontrons une nouvelle volontaire arrivée ici depuis deux mois, une Polonaise rayonnante et charmante. "Alors, ça va en Arménie? Oui c'est génial!" me répond-elle. Au fur et à mesure que je pose des questions, elle me dit qu'elle ne comprend pas plein de choses. Elle est surprise que nous comprenions tous de quoi elle parle. Puis on tombe d'accord. Il y a plein de choses géniales, le plaisir de la découverte etc. Les gens sont prévenants et protecteurs mais ils nous étouffent!!! Ils n'y a pas d'échange, ils ne s'intéressent qu'à leur pays, pas à nous. C'est difficile. Ils ont plein d'excuses alors on garde nos petits malheurs pour nous et on ne s'autorise pas à dire qu'on ne va pas bien. C'est bizarre que nous soyons tous si d'accord...


"Tu viens d'où? Pourquoi tu as choisi l'Arménie? T'es étudiante?Est-ce que tu aimes l'Arménie? Est-ce que les Arméniens sont européens pour toi? Est-ce que tu trouves qu'Erevan est jolie? Tu veux pas venir chez moi? Tu es mariée? Tu as des enfants? Tu veux te marier avec un Arménien?..."............................... "Pourquoi NON?"


J'ai arrêté de parler arménien si ce n'était pas absolument nécessaire. Sinon, je suis embarquée dans ce genre de discussion infructueuse et sans fin.


Quand j'ai eu de la fièvre, mon ami indien presque médecin m'a soignée. Voici les conseils arméniens que j'ai reçus: Mettre ses pieds dans de l'eau bouillante, boire du thé au citron beaucoup, beaucoup, boire de la vodka avec du poivre, mange du miel et du yaourt... Réveillez-vous, j'ai 39 de fièvre, et une trachéite.


Dans un orphelinat arménien quelconque. Une jeune femme raconte qu'elle s'est fait violée par le directeur, qu'elle ne peut rien dire si elle veut pouvoir se marier et avoir une vie normale. La police? Non, elle a déjà 5 plaintes contre lui et n'a toujours rien fait. Tout s'achète en Arménie.


Dans un centre de réfugiés, un petit garçon aux manières louches est assez violent et ne comprend pas ce qu'on lui dit. Tout le monde sait qu'il est victime d'inceste.


Une autre jeune fille prend des médicaments pour ne pas souffrir lors de ses menstruations. Une dose de cheval. On lui fait remarquer. "Ce n'est pas grave et de toutes façons, dans un an je serai mariée" Les rapports sexuels mettront un terme à sa douleur mensuelle pense-t-elle.


Une femme de la diaspora va chez le gynécologue pour un problème quelconque. "Mettez du yaourt et ça passera" lui répond-il. Le yaourt résout les piqûres d'insectes aussi. Heureusement qu'ils en produisent suffisamment. Ça au moins ils n'ont pas besoin de l'importer.


Aujourd'hui, j'ai vu des Mormons, la dernière fois, c'était des Témoins de Jéhovah qui viennent profiter du désespoir de la population et parfois de leur ignorance. La magie noire est prise au sérieux par certains. Beaucoup de petits dictons sont utilisés en Arménie. Si un couteau tombe par terre, un invité masculin va arriver. L'acouphène provient de ce que quelqu'un est en train de parler de vous. Dîtes un nom à voix haute et si ça s'arrête, vous saurez qui parlait de vous. On reconnaît la qualité d'une femme à la façon dont elle dispose les herbes sur la table. Si quelqu'un éternue pendant une conversation, ça veut dire qu'une bonne chose va se réaliser.... Et tellement d'autres que j'ai oubliés. On attache beaucoup d'importance aux rêves.


Tout n'est pas comme ça ici, mais ça existe. Que les gens croient à des petits signes, d'accord. Mais quelques fois, l'ignorance, notamment sur la sexualité si taboue me fait peur et m'alarme. Je me sens tellement impuissante!


A l'appart, nous sommes dorénavant 4 (une française est ici depuis un mois) vivant dans une petite cuisine, une petite salle de bain, un salon correct, une chambre et un balcon débarras... Autant dire que nous nous marchons dessus et que la queue est longue pour la salle de bain. De plus nous avons l'honneur d'avoir quelques colocataires incongrus... Une famille de souris logent dans un de nos placards inaccessibles dans la cuisine, des cafards grouillent sur l'évier et un gros scorpion blanc se ballade nonchalamment dans ma chambre... Mais pas de panique, s'il me pique, pas de problème, vive le yaourt! Tout va bien donc en Arménie où il fait 40 degrés à l'ombre, où on n'arrive plus à dormir, où les pannes d'eau s'éternisent pendant quelques jours, les ampoules qui sautent, internet qui ne fonctionne plus (si tant est qu'il eût déjà fonctionné normalement...). Mais bon, l'été c'est plus sympa quand même. Et puis, on relativise. Je peux même dire que devant l'étrangeté et l'absurdité de notre situation, on rit vraiment beaucoup. Mes trois colocs sont plus fous les uns que les autres et me simplifient beaucoup la vie.


Je finis mon projet, il me reste un mois et je ne suis plus ici dorénavant et pourtant pas encore en France.

Tuesday, July 31, 2007

L'Iran






L'Iran


Après le refus catégorique de ma coordinatrice en Janvier concernant mon éventuel voyage au pays d'Aladin (ceci est totalement faux, mais je me plais à imaginer que j'étais Jasmine au milieu des tapis volants...), j'ai finalement saisi l'opportunité unique de partir avec Jérôme, rejoindre Ed, qui parle un peu farsi, et d'être hébergée grâce aux familles de nos amis iraniens. C'est un truc de fou ce pays.


Je pars sans connaître la moindre chose à propos du pays, de la culture et de l'histoire si ce n'est les détails pratiques du touriste et encore. Mes informateurs sont des Iraniens extrêmement ouverts d'esprit.


Armée de mon écharpe rouge et de ma tunique indienne bleue, je pars pour un périple magique. A l'aéroport, alors que nous prenons nos bagages après une heure d'attente pour obtenir le visa, un homme vient nous voir et nous demande si ce sont nos bagages. Étonnée, je réponds "yes" et il s'en va. Il n'y avait plus que deux sacs et l'aéroport était déjà désert. Qu'est-ce qu'il imaginait? "Non, mais bon on les prend quand même"? Crise de rire, ça commence bien. Évidemment, je ne suis pas du tout à la mode du pays et me sens très mal à l'aise le premier jour à Téhéran. Nous retrouvons Ed après une nuit d'hôtel et une panique immense due au fait que nous ne maîtrisons rien de ce pays et que nous sommes seuls sans pouvoir joindre Ed qui est déjà là depuis une semaine. En adorable british, Ed nous introduit dans ce monde qu'il connaît déjà bien et nous permet de passer la nuit chez un riche Azéri Iranien très accueillant. Il reste que j'ai la tunique courte et flashante. Nous retrouvons une jeune femme aux manières modernes qui a la patience de m'aider à choisir un "manteau", sorte de longue veste fine qui doit descendre minimum jusqu'à la mi cuisse et qui, en plus du port du voile est obligatoire pour celles qui ne veulent pas porter le tchador.


Il me semble qu'un petit brin d'histoire s'impose: L'Iran, c'est la Perse avec toute la richesse culturelle somptueuse que cela implique. Mais en 1979, le Shah, qui avait déjà bien joué avec l'argent public, voit poindre le nez d'une révolution. Ce qui était populaire se transforme bientôt en religieux et de nouveaux leaders fondamentalistes prennent le pouvoir. En 1980, la guerre contre l'Irak, toujours pour la même chose: le pétrole. (Je suis vraiment douée pour l'histoire moi...) Conséquences: un régime autoritaire, qui tend à le devenir de plus en plus et qui est donc tout sauf une démocratie.


Première découverte pour moi ce jour là: les femmes ne sont pas libres et bien voilées. La drogue, l'alcool sont interdits. La pression du gouvernement est invivable MAIS, les gens mènent leur vie comme ils l'entendent, en jouant avec les règles comme ils le peuvent et ceux que nous avons rencontrés refusent même ce semblant d'Islam si strict, comme ils disent, si difficile à pratiquer. Ils ont donc leur dieu et leur Islam qui reprend son sens originel de religion d'amour. Cool! Les gens paraissent moins tarés qu'en Arménie! Le soir, sensation de libération extrême: j'enlève mon voile et mon manteau dans la maison. La pression, elle n'est que dans les lieux publics.


Pas de temps à perdre, nous n'avons que 7 jours. Nous embarquons pour Esfahan (Ispahan), la "Perle de l'Iran". 4hoo de bus. On part à 7h00. Ce sera désormais le rythme de croisière. Les bus sont confortables et climatisés pour un prix modique. C'est donc dans cette ville que je me crois chez Aladin. La beauté de la ville est indescriptible. Nous visitons un palais. Je suis vêtue de la jupe rouge de mes 20 ans qui descend jusqu'aux pieds (pas de problème selon mes amis iraniens d'Erevan), j'ai mon voile sur la tête (qui ne fait que de tomber évidemment) et je suis près de Jérôme, quand un jeune homme vient me demander agressivement pourquoi je suis habillée de la sorte et si je m'habille comme ça dans mon pays (comment a-t-il deviné que je n'étais pas iranienne?). Je ne comprends pas son anglais et je panique à la vue du cercle de 20 hommes se formant autour de nous. Je réponds que je m'habille différemment dans mon pays mais qu'ici, si je ne porte pas ces vêtements, je risque d'avoir des problèmes. L'énigme demeure: était-il agressif ou était-ce simplement sa façon de parler comme le dit Ed? Le sens de sa question était-il pourquoi tu ne te comportes pas libre comme dans ton pays ou pourquoi tu es mal fringuée? Ed et son flegme m'ont sauvée de cette situation désagréable en disant qu'on devait partir. Ils étaient peut-être inoffensifs mais ils étaient 20!


C'est le soir que je comprends: après avoir visité les mosquées (où j'entre bien sûr séparément), on se laisse conter l'Iran par nos nouveaux hôtes. Les regards portés sur nous sont désintéressés, dépourvus d'arrière pensée et malgré le voile, je me sens plus libre qu'en Arménie. Mais ce jour là, il y avait plus d'insistance dans leurs yeux voir de la colère. Notre ami explique que depuis deux mois, la loi interdit les jupes et robes ainsi que le rouge et toute couleur brillante... Un rire nerveux me prend. Mes informateurs ne disposaient pas de ce nouveau renseignement. Pas de problème cependant, je suis une touriste et les yeux de ces femmes surtout traduisent plus la jalousie qu'autre chose. D'autres me sourient d'ailleurs avec une grande sympathie. Je ne remettrai plus la jupe bien que je garde le voile rouge...


Notre nouvel ami nous emmène dans une rue où attendent debout sous des voiles de magnifiques sourires. C'est la rue du "taxi merci". Elles attendent les belles voitures qui les ramèneront chez elles gratuitement en échange, pour les hommes de faire des rencontres et de trouver éventuellement la femme de leur vie. Rien à voir avec la prostitution donc, c'est une coutume assez ancrée, que nous avons pratiquée. Je n'ai jamais vu autant de Peugeots de ma vie. Puis, il nous explique que le monde iranien a deux facettes: l'une est dans la rue. Ce que j'imaginais comme des ombres, contrastant avec les T-shirts multicolores des Iraniens montrent déjà le revers de la médaille lorsqu'elles se retournent et nous éblouissent de leur merveilleux sourire. Pourtant, à la maison et dans le domaine privé, c'est comme en Europe, sauf qu'on enlève ses chaussures et qu'on mange des trucs bizarres... mais délicieux


Nous restons deux jours dans cette ville féérique puis nous partons pour Yazd. 7 heures de bus dans le désert. L'hôtel est splendide et les rues sont désertes. Nous sommes vendredi. Nous sommes dans une ville du désert et je me crois au Mali quand je me promène dans les rues de cette ville faite de boue. C'est mon coup de coeur en Iran: L'ambiance, la magie et nos discussions autour d'un plat de riz au milieu de nulle part avec mes deux gardes du corps qui malgré les conflits me comprennent et me soutiennent.


Nous repartons pour Shiraz dès le lendemain où nous sommes accueillis par la famille d'un ami d'Erevan. Je n'ai jamais été accueillie comme ça. Ils paient tout, nous hébergent, nous nourrissent, nous font des cadeaux et nous font découvrir tout ce que nous voulons. Les tombes de Hafez et Sâadi, deux poètes admirables, le jardin botanique, le bazar le plus sympa que j'ai jamais vu, la mosquée, le château... Mon échange avec la jeune femme de 21 ans de la maison me rapproche encore de cette culture et de la difficulté de vivre sous ce régime. La cigarette, le narguilé, sont dorénavant interdits par la loi, même si tout le monde s'en fout et que tout le monde continue à fumer. La quantité de pétrole par habitant a été réduite pour les Iraniens. On préfère le vendre à ceux qui ont l'argent pour l'acheter. Il faut le voir pour le croire ce gros nuage noir qui plane au dessus de Téhéran en permanence. Les couples ne peuvent pas sortir ensemble s'ils ne sont pas mariés. Les fondamentalistes sont partout dans la rue et frappent les jeunes amoureux ou leur demandent de l'argent. Il faut qu'ils courent, qu'ils se cachent. Il y a même des vieilles femmes qui s'attaquent aux jeunes qui laissent dépasser une mèche de cheveux sous leur voile, qui ont un manteau trop moulant, ou qui sont maquillées. Elles les enferment dans des camions, les battent et je ne sais quoi encore... Je laisse cela à votre imagination. Cependant, la pression n'empêche pas les âmes libres d'exister. Il y a une forte résistance de la part d'une certaine classe sociale. La dictature, elle provient d'en haut, de ce gouvernement soumis aux lois religieuses. Ici, en Arménie, elle arrive d'en bas, de tous, contre tous, comme un virus qui se propage de génération en génération et qui contamine tout le monde, une épidémie. Bien sûr, je ne vis pas en Iran, mais ça paraît plus facile d'être différent dans le domaine privé. Quand la pression vient d'ailleurs, on peut lutter, on a quelque chose contre qui se battre et résister. Ici, il faudrait se battre contre la culture, contre tout le monde alors qu'ils subissent autant que nous ce qui est devenu après la dictature du prolétariat, la dictature des traditions. J'exagère parce qu'il est temps que je parte, me semble-t-il. Mais l'Iran a vraiment quelque chose de surprenant. Alors, je la vois, elle, si rayonnante, si souriante et si libre et je me demande ce qui se passe en Arménie.


Le lendemain, nous partons pour Persépolis, ville du Ve siècle avant JC, détruite par Alexandre Le Grand au IVe. C'est merveilleux. J'avais vraiment envie de voir cette cité.


La fin de ce périple se termine à Téhéran après une nuit dans le bus. L'avion finit par arriver après une heure et demi de retard. A l'aéroport, je suis tellement heureuse de pouvoir enlever mon voile et mon manteau! Je sors pour fumer et je me fais assaillir par 5 chauffeurs de taxi. Je déchante. Pas de doute, je suis bien rentrée au pays...

Monday, July 9, 2007

La sexualite serait la cause des problèmes de la société arménienne





J'ai participé durant une semaine à un festival "dialogue de culture", projet pendant lequel nous devions présenter nos cultures.


Ce que je vais dire m'a été expliqué par l'un des trois plus grands animateurs jeunesse de l'Arménie (reconnu à un niveau international). Il m'a beaucoup aidée et je partage son avis. Je me suis rendue compte que je savais la plupart des choses qu'il m'expliquait mais qu'il m'était impossible de mettre des mots sur ce que je ressentais.


Notre culture judéo-chrétienne qui fait déjà des ravages dans nos sociétés, a des conséquences bien plus graves ici. La femme n'est reconnue qu'en tant que vierge ou en tant que mère. Marie est d'ailleurs vierge et mère pour les Catholiques... Perfection suprême.


Bien qu'il n'y ait que 20% à peu près des filles arméniennes non mariées qui soient encore vierges, elles prétendent toutes l'être. Il y a une blague assez connue ici. Quand une Américaine fait l'amour elle dit "oh yes!", une Russe, dit "oh da", et une Arménienne dit "s'il te plaît, ne le dis à personne". Quelque soit l'ouverture d'esprit de cette fille, même si elle se sent suffisamment libre ou qu'elle aime suffisamment pour s'engager dans une aventure sexuelle, elle se sentira de toute façon prostituée ou facile. Quelque soient ses convictions ou ses expériences, la pression sociale, le "sang" comme ils disent demeure et revient sans cesse.


Je connais beaucoup de jeunes femmes qui ont 25 ans et plus et qui ne sont toujours pas mariées. J'en connais beaucoup qui sont toujours vierges. Mais celles-là vivent dans une frustration permanente. Nous restons tous et toutes des êtres humains avec un sexe, des pulsions et des désirs.


Je savais déjà cela parce que je suis une fille et que je vis dans le monde féminin arménien. Il y a un monde masculin. Jamais, même une fois mariés, ces deux mondes ne se rencontrent jamais. Ils gravitent séparément sans se douter de ce qui se passe dans l'autre monde. C'est pourquoi, ce qu'il m'a dit après a même étonné mon amie arménienne.


Les garçons veulent se marier avec une fille vierge. Leur désir d'être le premier est profond. Ils acceptent cette pression sociale sur leur femmes et ont recourt à des prostitués pour assouvir leurs pulsions. Mais ici, ce n'est pas Amsterdam. C'est une mafia infernale et on peut trouver de tout: de la pouf de luxe mais aussi des femmes énormes et sales (elles vivent dans mon quartier).


Sinon, les plus raffinés "font amitié" avec des Arméniennes. C'est comme partout après. Le garçon peut attendre des années avant de recevoir la jeune fille ou même essuyer un refus. Seulement, si la jeune fille n'était pas vierge avant, pas possible de se marier, pour la plupart des Arméniens. Quelle contradiction! Si je leur ai dit que je ne sortirais jamais avec un Arménien c'est parce que je ne mériterais jamais un respect complet à cause d'un problème strictement physique: la virginité.


L'autre solution: les étrangères. Les filles russes ont la réputation d'être faciles, les Européennes un peu moins, mais elles restent plus accessibles que les Arméniennes. Voilà le préjugé. Ils savent évidemment que dans nos pays, ce n'est pas exactement comme dans le leur. Que la virginité se perd assez tôt, que personne ne s'en offense. Ils ne savent pas que nos grands-parents ont vécu cette pression sociale, ces traditions. Que ce que nous vivons aujourd'hui, nous l'avons gagné, et que c'est quelque peu nouveau. Nous ne mériterons jamais le respect dû à une femme arménienne.


La tentation est pourtant grande, lorsqu'on voit la façon dont les Arméniennes s'habillent: talons, maquillage, dos nu, jambes nues, T-shirt transparent, manucure, pédicure. TOUTES. Tentative maladroite de reproduire les modèles européens et russes qu'elles ne connaissent que par la télé. Elles cherchent leur regard, ils le leur rendent bien. En Europe, d'être regardé comme ça passe pour une insulte.


Par malheur, si un homme tombe amoureux d'une femme qui n'est plus vierge, qu'il a assez de cran pour l'épouser, il aura peur. Il aura peur que quand il se promène avec elle dans la rue, un autre arrive et lui dise qu'il était le premier. Pire, une histoire vraie: Un couple marié qui s'aime se promène dans larue. Un autre arrive et lui dit "elle suce". 3 solutions: il la quitte; il reste avec elle et quand on lui crachera dessus, il s'essuiera en disant qu'il pleut; ils partent dans un autre pays.


Cette virginité, ce fantasme masculin universel, existe partout. Ici, c'est une cause de divorce; à court terme, si la belle famille ne trouve pas de sang sur les draps des jeunes mariés (ils vérifient et font partager la découverte avec les voisins); à long terme, parce que c'est une honte insupportable pour l'homme, et surtout pour la femme. S'il sait qu'il n'est pas le premier, il ne demandera jamais à sa femme combien il y en a eus, qui c'était... C'est un tabou énorme. Refaire sa virginité et si populaire en Arménie que c'est le plus gros revenu chirurgical en Arménie. Comment voulez-vous que les Arméniens soient heureux? Ils veulent partir, mes amis ne veulent pas se marier avec des Arméniens ou des Arméniennes.


Je suis chrétienne de culture malgré moi. Je ne connais pas d’étrangère qui ne soit pas confrontée à ce problème inhérent à la société. Je comprends que l’Arménie ait survécu à ses nombreuses difficultés par la sauvegarde de ses traditions. Mais je comprends aussi que s’ils veulent s’ouvrir et continuer de subsister sainement, il faut changer les traditions. Cette société mène au pire, un système d’autocontrôle malsain et dangereux pour toute santé mentale qui se respecte.


J’aurais au mon trouvé mon combat ici…

Tuesday, July 3, 2007

L'Arménie envahie 3




C'est le lendemain de mon anniversaire que mes grands-parents sont arrivés avec leurs amis, un couple franco-allemand, le troisième que je vois en Arménie. Pas de doute, l'amitié franco allemande existe. Je ne les connaissais pas auparavant et c'était une très belle rencontre à mon avis. Ils m'ont fait confiance eux aussi, nous avons visité le Nord de l'Arménie ensemble. J'ai visité Edjmiadzine, capitale religieuse de l'Arménie, pour la 4e fois...


Leurs émotions ont été très différentes de ce que les 5 autres ont vécu. Découvrir le dynamisme débordant de Nicole, la sagesse de Joachim et retrouver mes grands-parents m'ont fait du bien. Ils m'ont donné l'occasion de découvrir l'Arménie sous d'autres couleurs malgré les difficultés d'organisation dues à l'ouverture de la saison. "Chercher la femme", comme ils disent ici, semblent être le mot d'ordre pour tous les mecs qui deviennent vraiment insupportables! Il faut s'adapter. Mon comportement désagréable envers eux, ne serait pas accepté en France. Je suis désagréable mais sinon, ils ne comprennent pas et insistent et me suivent...


Mes derniers visiteurs sont partis et je me suis confrontée au vide laissé par mes amis, partis la veille de leur arrivée. Pas facile tous les jours...