Tuesday, July 31, 2007

L'Iran






L'Iran


Après le refus catégorique de ma coordinatrice en Janvier concernant mon éventuel voyage au pays d'Aladin (ceci est totalement faux, mais je me plais à imaginer que j'étais Jasmine au milieu des tapis volants...), j'ai finalement saisi l'opportunité unique de partir avec Jérôme, rejoindre Ed, qui parle un peu farsi, et d'être hébergée grâce aux familles de nos amis iraniens. C'est un truc de fou ce pays.


Je pars sans connaître la moindre chose à propos du pays, de la culture et de l'histoire si ce n'est les détails pratiques du touriste et encore. Mes informateurs sont des Iraniens extrêmement ouverts d'esprit.


Armée de mon écharpe rouge et de ma tunique indienne bleue, je pars pour un périple magique. A l'aéroport, alors que nous prenons nos bagages après une heure d'attente pour obtenir le visa, un homme vient nous voir et nous demande si ce sont nos bagages. Étonnée, je réponds "yes" et il s'en va. Il n'y avait plus que deux sacs et l'aéroport était déjà désert. Qu'est-ce qu'il imaginait? "Non, mais bon on les prend quand même"? Crise de rire, ça commence bien. Évidemment, je ne suis pas du tout à la mode du pays et me sens très mal à l'aise le premier jour à Téhéran. Nous retrouvons Ed après une nuit d'hôtel et une panique immense due au fait que nous ne maîtrisons rien de ce pays et que nous sommes seuls sans pouvoir joindre Ed qui est déjà là depuis une semaine. En adorable british, Ed nous introduit dans ce monde qu'il connaît déjà bien et nous permet de passer la nuit chez un riche Azéri Iranien très accueillant. Il reste que j'ai la tunique courte et flashante. Nous retrouvons une jeune femme aux manières modernes qui a la patience de m'aider à choisir un "manteau", sorte de longue veste fine qui doit descendre minimum jusqu'à la mi cuisse et qui, en plus du port du voile est obligatoire pour celles qui ne veulent pas porter le tchador.


Il me semble qu'un petit brin d'histoire s'impose: L'Iran, c'est la Perse avec toute la richesse culturelle somptueuse que cela implique. Mais en 1979, le Shah, qui avait déjà bien joué avec l'argent public, voit poindre le nez d'une révolution. Ce qui était populaire se transforme bientôt en religieux et de nouveaux leaders fondamentalistes prennent le pouvoir. En 1980, la guerre contre l'Irak, toujours pour la même chose: le pétrole. (Je suis vraiment douée pour l'histoire moi...) Conséquences: un régime autoritaire, qui tend à le devenir de plus en plus et qui est donc tout sauf une démocratie.


Première découverte pour moi ce jour là: les femmes ne sont pas libres et bien voilées. La drogue, l'alcool sont interdits. La pression du gouvernement est invivable MAIS, les gens mènent leur vie comme ils l'entendent, en jouant avec les règles comme ils le peuvent et ceux que nous avons rencontrés refusent même ce semblant d'Islam si strict, comme ils disent, si difficile à pratiquer. Ils ont donc leur dieu et leur Islam qui reprend son sens originel de religion d'amour. Cool! Les gens paraissent moins tarés qu'en Arménie! Le soir, sensation de libération extrême: j'enlève mon voile et mon manteau dans la maison. La pression, elle n'est que dans les lieux publics.


Pas de temps à perdre, nous n'avons que 7 jours. Nous embarquons pour Esfahan (Ispahan), la "Perle de l'Iran". 4hoo de bus. On part à 7h00. Ce sera désormais le rythme de croisière. Les bus sont confortables et climatisés pour un prix modique. C'est donc dans cette ville que je me crois chez Aladin. La beauté de la ville est indescriptible. Nous visitons un palais. Je suis vêtue de la jupe rouge de mes 20 ans qui descend jusqu'aux pieds (pas de problème selon mes amis iraniens d'Erevan), j'ai mon voile sur la tête (qui ne fait que de tomber évidemment) et je suis près de Jérôme, quand un jeune homme vient me demander agressivement pourquoi je suis habillée de la sorte et si je m'habille comme ça dans mon pays (comment a-t-il deviné que je n'étais pas iranienne?). Je ne comprends pas son anglais et je panique à la vue du cercle de 20 hommes se formant autour de nous. Je réponds que je m'habille différemment dans mon pays mais qu'ici, si je ne porte pas ces vêtements, je risque d'avoir des problèmes. L'énigme demeure: était-il agressif ou était-ce simplement sa façon de parler comme le dit Ed? Le sens de sa question était-il pourquoi tu ne te comportes pas libre comme dans ton pays ou pourquoi tu es mal fringuée? Ed et son flegme m'ont sauvée de cette situation désagréable en disant qu'on devait partir. Ils étaient peut-être inoffensifs mais ils étaient 20!


C'est le soir que je comprends: après avoir visité les mosquées (où j'entre bien sûr séparément), on se laisse conter l'Iran par nos nouveaux hôtes. Les regards portés sur nous sont désintéressés, dépourvus d'arrière pensée et malgré le voile, je me sens plus libre qu'en Arménie. Mais ce jour là, il y avait plus d'insistance dans leurs yeux voir de la colère. Notre ami explique que depuis deux mois, la loi interdit les jupes et robes ainsi que le rouge et toute couleur brillante... Un rire nerveux me prend. Mes informateurs ne disposaient pas de ce nouveau renseignement. Pas de problème cependant, je suis une touriste et les yeux de ces femmes surtout traduisent plus la jalousie qu'autre chose. D'autres me sourient d'ailleurs avec une grande sympathie. Je ne remettrai plus la jupe bien que je garde le voile rouge...


Notre nouvel ami nous emmène dans une rue où attendent debout sous des voiles de magnifiques sourires. C'est la rue du "taxi merci". Elles attendent les belles voitures qui les ramèneront chez elles gratuitement en échange, pour les hommes de faire des rencontres et de trouver éventuellement la femme de leur vie. Rien à voir avec la prostitution donc, c'est une coutume assez ancrée, que nous avons pratiquée. Je n'ai jamais vu autant de Peugeots de ma vie. Puis, il nous explique que le monde iranien a deux facettes: l'une est dans la rue. Ce que j'imaginais comme des ombres, contrastant avec les T-shirts multicolores des Iraniens montrent déjà le revers de la médaille lorsqu'elles se retournent et nous éblouissent de leur merveilleux sourire. Pourtant, à la maison et dans le domaine privé, c'est comme en Europe, sauf qu'on enlève ses chaussures et qu'on mange des trucs bizarres... mais délicieux


Nous restons deux jours dans cette ville féérique puis nous partons pour Yazd. 7 heures de bus dans le désert. L'hôtel est splendide et les rues sont désertes. Nous sommes vendredi. Nous sommes dans une ville du désert et je me crois au Mali quand je me promène dans les rues de cette ville faite de boue. C'est mon coup de coeur en Iran: L'ambiance, la magie et nos discussions autour d'un plat de riz au milieu de nulle part avec mes deux gardes du corps qui malgré les conflits me comprennent et me soutiennent.


Nous repartons pour Shiraz dès le lendemain où nous sommes accueillis par la famille d'un ami d'Erevan. Je n'ai jamais été accueillie comme ça. Ils paient tout, nous hébergent, nous nourrissent, nous font des cadeaux et nous font découvrir tout ce que nous voulons. Les tombes de Hafez et Sâadi, deux poètes admirables, le jardin botanique, le bazar le plus sympa que j'ai jamais vu, la mosquée, le château... Mon échange avec la jeune femme de 21 ans de la maison me rapproche encore de cette culture et de la difficulté de vivre sous ce régime. La cigarette, le narguilé, sont dorénavant interdits par la loi, même si tout le monde s'en fout et que tout le monde continue à fumer. La quantité de pétrole par habitant a été réduite pour les Iraniens. On préfère le vendre à ceux qui ont l'argent pour l'acheter. Il faut le voir pour le croire ce gros nuage noir qui plane au dessus de Téhéran en permanence. Les couples ne peuvent pas sortir ensemble s'ils ne sont pas mariés. Les fondamentalistes sont partout dans la rue et frappent les jeunes amoureux ou leur demandent de l'argent. Il faut qu'ils courent, qu'ils se cachent. Il y a même des vieilles femmes qui s'attaquent aux jeunes qui laissent dépasser une mèche de cheveux sous leur voile, qui ont un manteau trop moulant, ou qui sont maquillées. Elles les enferment dans des camions, les battent et je ne sais quoi encore... Je laisse cela à votre imagination. Cependant, la pression n'empêche pas les âmes libres d'exister. Il y a une forte résistance de la part d'une certaine classe sociale. La dictature, elle provient d'en haut, de ce gouvernement soumis aux lois religieuses. Ici, en Arménie, elle arrive d'en bas, de tous, contre tous, comme un virus qui se propage de génération en génération et qui contamine tout le monde, une épidémie. Bien sûr, je ne vis pas en Iran, mais ça paraît plus facile d'être différent dans le domaine privé. Quand la pression vient d'ailleurs, on peut lutter, on a quelque chose contre qui se battre et résister. Ici, il faudrait se battre contre la culture, contre tout le monde alors qu'ils subissent autant que nous ce qui est devenu après la dictature du prolétariat, la dictature des traditions. J'exagère parce qu'il est temps que je parte, me semble-t-il. Mais l'Iran a vraiment quelque chose de surprenant. Alors, je la vois, elle, si rayonnante, si souriante et si libre et je me demande ce qui se passe en Arménie.


Le lendemain, nous partons pour Persépolis, ville du Ve siècle avant JC, détruite par Alexandre Le Grand au IVe. C'est merveilleux. J'avais vraiment envie de voir cette cité.


La fin de ce périple se termine à Téhéran après une nuit dans le bus. L'avion finit par arriver après une heure et demi de retard. A l'aéroport, je suis tellement heureuse de pouvoir enlever mon voile et mon manteau! Je sors pour fumer et je me fais assaillir par 5 chauffeurs de taxi. Je déchante. Pas de doute, je suis bien rentrée au pays...

No comments: