Monday, July 9, 2007

La sexualite serait la cause des problèmes de la société arménienne





J'ai participé durant une semaine à un festival "dialogue de culture", projet pendant lequel nous devions présenter nos cultures.


Ce que je vais dire m'a été expliqué par l'un des trois plus grands animateurs jeunesse de l'Arménie (reconnu à un niveau international). Il m'a beaucoup aidée et je partage son avis. Je me suis rendue compte que je savais la plupart des choses qu'il m'expliquait mais qu'il m'était impossible de mettre des mots sur ce que je ressentais.


Notre culture judéo-chrétienne qui fait déjà des ravages dans nos sociétés, a des conséquences bien plus graves ici. La femme n'est reconnue qu'en tant que vierge ou en tant que mère. Marie est d'ailleurs vierge et mère pour les Catholiques... Perfection suprême.


Bien qu'il n'y ait que 20% à peu près des filles arméniennes non mariées qui soient encore vierges, elles prétendent toutes l'être. Il y a une blague assez connue ici. Quand une Américaine fait l'amour elle dit "oh yes!", une Russe, dit "oh da", et une Arménienne dit "s'il te plaît, ne le dis à personne". Quelque soit l'ouverture d'esprit de cette fille, même si elle se sent suffisamment libre ou qu'elle aime suffisamment pour s'engager dans une aventure sexuelle, elle se sentira de toute façon prostituée ou facile. Quelque soient ses convictions ou ses expériences, la pression sociale, le "sang" comme ils disent demeure et revient sans cesse.


Je connais beaucoup de jeunes femmes qui ont 25 ans et plus et qui ne sont toujours pas mariées. J'en connais beaucoup qui sont toujours vierges. Mais celles-là vivent dans une frustration permanente. Nous restons tous et toutes des êtres humains avec un sexe, des pulsions et des désirs.


Je savais déjà cela parce que je suis une fille et que je vis dans le monde féminin arménien. Il y a un monde masculin. Jamais, même une fois mariés, ces deux mondes ne se rencontrent jamais. Ils gravitent séparément sans se douter de ce qui se passe dans l'autre monde. C'est pourquoi, ce qu'il m'a dit après a même étonné mon amie arménienne.


Les garçons veulent se marier avec une fille vierge. Leur désir d'être le premier est profond. Ils acceptent cette pression sociale sur leur femmes et ont recourt à des prostitués pour assouvir leurs pulsions. Mais ici, ce n'est pas Amsterdam. C'est une mafia infernale et on peut trouver de tout: de la pouf de luxe mais aussi des femmes énormes et sales (elles vivent dans mon quartier).


Sinon, les plus raffinés "font amitié" avec des Arméniennes. C'est comme partout après. Le garçon peut attendre des années avant de recevoir la jeune fille ou même essuyer un refus. Seulement, si la jeune fille n'était pas vierge avant, pas possible de se marier, pour la plupart des Arméniens. Quelle contradiction! Si je leur ai dit que je ne sortirais jamais avec un Arménien c'est parce que je ne mériterais jamais un respect complet à cause d'un problème strictement physique: la virginité.


L'autre solution: les étrangères. Les filles russes ont la réputation d'être faciles, les Européennes un peu moins, mais elles restent plus accessibles que les Arméniennes. Voilà le préjugé. Ils savent évidemment que dans nos pays, ce n'est pas exactement comme dans le leur. Que la virginité se perd assez tôt, que personne ne s'en offense. Ils ne savent pas que nos grands-parents ont vécu cette pression sociale, ces traditions. Que ce que nous vivons aujourd'hui, nous l'avons gagné, et que c'est quelque peu nouveau. Nous ne mériterons jamais le respect dû à une femme arménienne.


La tentation est pourtant grande, lorsqu'on voit la façon dont les Arméniennes s'habillent: talons, maquillage, dos nu, jambes nues, T-shirt transparent, manucure, pédicure. TOUTES. Tentative maladroite de reproduire les modèles européens et russes qu'elles ne connaissent que par la télé. Elles cherchent leur regard, ils le leur rendent bien. En Europe, d'être regardé comme ça passe pour une insulte.


Par malheur, si un homme tombe amoureux d'une femme qui n'est plus vierge, qu'il a assez de cran pour l'épouser, il aura peur. Il aura peur que quand il se promène avec elle dans la rue, un autre arrive et lui dise qu'il était le premier. Pire, une histoire vraie: Un couple marié qui s'aime se promène dans larue. Un autre arrive et lui dit "elle suce". 3 solutions: il la quitte; il reste avec elle et quand on lui crachera dessus, il s'essuiera en disant qu'il pleut; ils partent dans un autre pays.


Cette virginité, ce fantasme masculin universel, existe partout. Ici, c'est une cause de divorce; à court terme, si la belle famille ne trouve pas de sang sur les draps des jeunes mariés (ils vérifient et font partager la découverte avec les voisins); à long terme, parce que c'est une honte insupportable pour l'homme, et surtout pour la femme. S'il sait qu'il n'est pas le premier, il ne demandera jamais à sa femme combien il y en a eus, qui c'était... C'est un tabou énorme. Refaire sa virginité et si populaire en Arménie que c'est le plus gros revenu chirurgical en Arménie. Comment voulez-vous que les Arméniens soient heureux? Ils veulent partir, mes amis ne veulent pas se marier avec des Arméniens ou des Arméniennes.


Je suis chrétienne de culture malgré moi. Je ne connais pas d’étrangère qui ne soit pas confrontée à ce problème inhérent à la société. Je comprends que l’Arménie ait survécu à ses nombreuses difficultés par la sauvegarde de ses traditions. Mais je comprends aussi que s’ils veulent s’ouvrir et continuer de subsister sainement, il faut changer les traditions. Cette société mène au pire, un système d’autocontrôle malsain et dangereux pour toute santé mentale qui se respecte.


J’aurais au mon trouvé mon combat ici…

Tuesday, July 3, 2007

L'Arménie envahie 3




C'est le lendemain de mon anniversaire que mes grands-parents sont arrivés avec leurs amis, un couple franco-allemand, le troisième que je vois en Arménie. Pas de doute, l'amitié franco allemande existe. Je ne les connaissais pas auparavant et c'était une très belle rencontre à mon avis. Ils m'ont fait confiance eux aussi, nous avons visité le Nord de l'Arménie ensemble. J'ai visité Edjmiadzine, capitale religieuse de l'Arménie, pour la 4e fois...


Leurs émotions ont été très différentes de ce que les 5 autres ont vécu. Découvrir le dynamisme débordant de Nicole, la sagesse de Joachim et retrouver mes grands-parents m'ont fait du bien. Ils m'ont donné l'occasion de découvrir l'Arménie sous d'autres couleurs malgré les difficultés d'organisation dues à l'ouverture de la saison. "Chercher la femme", comme ils disent ici, semblent être le mot d'ordre pour tous les mecs qui deviennent vraiment insupportables! Il faut s'adapter. Mon comportement désagréable envers eux, ne serait pas accepté en France. Je suis désagréable mais sinon, ils ne comprennent pas et insistent et me suivent...


Mes derniers visiteurs sont partis et je me suis confrontée au vide laissé par mes amis, partis la veille de leur arrivée. Pas facile tous les jours...

Friday, June 1, 2007

Aragats




D'accord il y a Ararat de l'autre côté de la frontière Turque (que le gouvernement présente parmi les plus beaux trésors de Turquie, vu du côté arménien...) Mais il y a aussi une montagne de 4020m qui s'appelle Aragats, la plus haute d'Arménie. Elle protège un lac au milieu de ses quatre sommets. C'est parce que je dois être un peu masochiste que j'ai accepté de grimper avec huit compagnons jusqu'à l'un des sommets . Nous sommes montés jusqu'à 3900m mais évidemment, nous avons commencé à 3200m. Le 28 Mai, il fait 35 degrés à Erevan, mais c'est tellement plus drôle de marcher pendant quatre heures dans la neige, sous une température de 10 degrés, sans air à respirer... Les filles ne sont pas folles, nous n'étions que deux dans le groupe.


Mais l'effort vallait la récompense qui fut multiple. D'abord, l'exploit accompli, la fierté de l'avoir fait et d'être arrivée troisième en haut alors que je ne suis qu'une fille d'1m55 qui fume. La joie de prendre en photo un semblant de drapeau arménien improvisé avec des vêtements et des sacs plastiques pour célébrer l'indépendance du pays. La sieste au sommet, dans les nuages, sur des pierres et sous le vent. Enfin la descente d'une demie heure sur les mêmes sacs plastiques et l'arrivée, trempés et glagés mais relaxés, fiers et heureux.

Friday, May 11, 2007

Le Haut Karabakh




Je suis désolée mais je vais me répéter un peu...
Accompagnée d'un Allemand, d'un Américain et d'un Français, le 18 Mai, je pars pour ce pays qui est en fait plus une région disputée par ses voisins.
Un brin d'histoire pour restituer tout cela:
Pendant l'époque soviétique, ce que nous appelons en France le Haut Karabakh, était alors une région parmi tant d'autres sous la domination de Staline. Des Azéris et des Arméniens y cohabitaient en paix. Au moment de la chute du régime, qui se souciait du devenir de cette petite région? C'est ainsi que le Haut Karabakh devient une république peuplée de deux nations. Une guerre éclate presque aussitôt entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan revendiquant chacun le territoire. L'Arménie gagne. Si vous croyez que les Arméniens haïssent les Turcs, (ce qui demeure vrai pour une grande partie de la population, non éduquée, qui n'a pas compris que leur seule chance d'intégrer l'Europe et de réhausser leur niveau économique est d'ouvrir les frontières et de faire la paix...) allez donc leur demander ce qu'ils pensent des Azéris. Un Arménien à l'école, il apprend à être nationaliste, à détester les Turcs et à haïr les Azéris (qui, pour ceux que j'ai rencontrés sont encore pires que les Arméniens...). Si le peuple turc est manipulé par son gouvernement qui diffuse une propagande contre les Arméniens (qui auraient tué de nombreux Turcs) et qui pratique une censure très efficace pour ignorer le génocide, les Azéris, eux, (toujours pour ceux que j'ai rencontrés) font preuve d'un orgueil et d'un nationalisme qui font froid dans le dos. Comme les Arméniens, ils sont élevés dans la haine de l'autre mais pour l'Azerbaïdjan, il y a en plus la rancune de la défaite et le désir de vengeance. Ce qui est inquiétant, c'est que le budget militaire de l'Azerbaïdjan est supérieur au budget national de l'Arménie. Contrairement à la Turquie, un Arménien ne peut entrer en Azerbaïdjan, et vice versa...

Le périple commença donc à Goris, ville liaison du Sud de l'Arménie. Gregor décida de dormir dans les environs. Alors, je soumets l'idée de dormir dans une de ces grottes creusées par des hommes dans les montagnes, il y a très longtemps. Il a dit oui, mais il fallait monter jusqu'à un sommet. Les randonnées en Arménie ressemblent souvent à de l'escalade ou au moins à de la "grimpée" de pente à 40 pourcents voire plus... Alors, les moins sportifs (l'Américain et moi) suivons les deux tares. Heureux d'arriver au sommet, notre joie se transforme en grande déception et en flemmingite aigue à la vue d'un deuxième sommet. Mon Gregor d'1m93 ne peut être qu'enthousiaste à l'idée de ce nouveau défi... Je ne suis pas surprise, il nous a fait le même coup à Vanadzor... Nous décidons d'attendre avec Hayes et de contempler la vue depuis la hauteur d'une Tour Eiffel (nouvel unité de mesure inventée par Émilie...) Pas de bol, ils reviennent nous dire qu'on peut monter dormir, parce que "c'est plat avec deux trous"... Épuisée au sommet de cette colline, je fais mon Arménienne et j'attends qu'on me fasse du feu. Il faut savoir que les montagnes environnantes étaient couvertes de neige 100m plus haut. Alors évidemment, j'ai passé la nuit à claquer des dents mais avec pour consolation, le feu chaleureux et un des plus merveilleux ciels étoilés qu'il m'a été donné de voir dans ma vie.
Le lendemain matin, chacun sa drogue: le coca pour qui vous devinez, la bouffe pour le Français et l'Allemand et ma cigarette. Nous redescendons en disant bonjour aux vaches et nous nous galérons pour parvenir a Stepanakert, la capitale, à un prix raisonnable, bien que Hayes parle couramment l'arménien. Arrivés à destination, nous nous mettons en quête du Ed, l'Anglais Australien qui devait nous rejoindre là. Nous le trouvons par chance, tranquillement installé à la terrasse d'un café, après avoir maudit les compagnies téléphoniques arméniennes qui sont les mêmes au Karabakh mais qui ne fonctionnent pas avec nos portables arméniens... Puis nous partons à la découverte de Shoushi, ville gravée dans mon coeur. Nous y trouvons un hôtel bien mérité.
Le lendemain, nous visitons cette ville, désertée par les Azéris, dont les ruines et la couleur de la pierre laissent imaginer la beauté d'antan. La nature est luxuriante. Je me ressource. Mais les trois mosquées détruites desquelles nous avons gravi les minarets dominent la ville. Un habitant me demande d'où je viens et les larmes aux yeux, me remercie de visiter Shushi. Ça commence bien. Une femme à qui il manque un bras vient me demander de l'argent en pleurant et en m'expliquant que l'immeuble vide et macabre devant lequel nous sommes était celui où elle habitait. Un homme alcoolique, dont le visage m'était étrangement familier, vient me raconter dans un patois incompréhensible, mais les gestes et le corps sont parfois plus explicites pour exprimer la douleur, que des enfants comme moi, il en a perdus quatre qu'il dort dans la rue et qu'il ne comprend pas l'acharnement de ces hommes, là, à reconstruire la mosquée principale (destinée à un musée national). Je ne l'oublierai jamais...
Il faut savoir que Shushi était une ville majoritairement peuplée d'Azéris et qu'elle a été bombardée essentiellement par les Arméniens... Partout le bruit des bombes résonne, dans les yeux humides de ses habitants, entre les murs blancs en ruines, dans les rues presque désertes. Les Azéris survivants sont partis. Il ne reste évidemment que les Arméniens survivants, qui, à force de cohabitation, sont bilingues.
Le lendemain nous partons pour une ville totalement détruite pour finir par le joyau du Karabakh, Gandzasar, le plus beau des monastères qui a été évité par miracles par les bombardements. (Un signe de dieu vous diront les Arméniens...) Une bouffée d'oxygène dans ce pays d'après guerre où l'on se sent quand même en Arménie. Le chauffeur de taxi, après m'avoir demandé de souhaiter avoir des enfants très vite, lorsque j'allumais ma bougie, nous ramène gentiment vers l'hôtel. Sur le chemin, évidemment, ça aurait trop simple sans ça, le taxi crève. Nous décidons de nous promener jusqu'à la rivière. Ed nous fait une grosse blague: il est seul à parler russe et nous dit qu'il est écrit qu'il y a encore des mines sur ce terrain. Nous le suivons (il exploserait avant nous...). En fait il était écrit qu'il était interdit de pécher. Mais le chauffeur de taxi qui vient nous chercher nous dit gentiment, après, que le terrain n'est pas tout à fait déminé... Bon. On n'est pas très fiers de nous... Nous rentrons exténués, émus, et pour ma part, un peu remuée, du périple et rejoignons la capitale Erevan le matin suivant après une excursion au bord du canyon...

L'Arménie envahie 2







C'est Manou qui est arrivée et que j'ai aussitot abandonnée pour aller en Turquie. Quand je suis revenue, nous avons tous eu l'impression qu'elle faisait partie de cette vie arménienne. Elle est invitée pour un SVE ici-même.
La Turquie, c'était magnifique. C'était aussi très intéressant d'un point de vue formateur. Etre francaise là-bas, ça n'a pas été que simple parce que je suis responsable de tout ce que la France a fait, depuis la colonisation, jusqu'a la loi qui punit la négation du génocide arménien... Je n'avais pas le droit de parler du conflit du Karabakh devant les Azéris, ma nationalité étant ma plus grande faute... C'est tout de même incroyable que dans un projet jeunesse qui devrait accueillir des gens ouverts, je puisse ressentir une telle hostilité... Mais bon, dans l'ensemble, les Turcs et surtout les Kurdes ont été sympas et ouverts.
J'ai été sidérée par le déroulement des élections arméniennes manipulées et corrompues... Nous avons (pour combien de temps encore) la chance d'être dans une démocratie... Un programme de jeunes observateurs a été mis en place et j'avais beaucoup d'amis dedans. Je n'imaginais pas le nombre de magouilles et de techniques, plus ingénieuses les unes que les autres, qui existent... Le parti qui était au pouvoir a encore gagné...
Manou est repartie, les larmes ont encore coulé... Tu as des gros bisous de tout le monde d'ailleurs...

Friday, April 6, 2007

L'Arménie envahie




Avril 2007: Quatre Normands débarquent à Erevan: Guylaine, Denis, Brigitte et Gervais. Retrouvailles joyeuses!



J'ai beaucoup observé et parlé évidemment. Leurs premières réactions ont été similaires aux miennes. Le temps étant grisailleux, la réalité était mise en valeur. Pollution des campagnes, un pays sans architecture historique en apparence, des villages habillés de blocs soviétiques, un peuple curieux qui vous fait sentir votre différence par des regards oppressants et oppresseurs. Choc. C'est très différent... Pourtant, ils ont joué le jeu et m'ont fait confiance. Ils ont rencontré. D'abord à Zatik, Satenik, la prof de français avec qui je travaille, puis la grand mère de mon élève. Mais aussi une femme fière et heureuse de nous faire découvrir son Khor Virap, en arménien, puis qui a insisté pour nous inviter à prendre une petite collation chez elle, avec les moyens du bord, en toute modestie et en toute sincérité.



Tout le monde a été ému de ces spontanéités. Je crois qu'ils peuvent mieux parler que moi de ce qu'ils ont ressenti. Quand on commence à comprendre pourquoi c'est comme ça, par leur histoire, ça devient magique, ça nous ramène aux sources.



Maintenant voilà. C'est une expérience de court terme. Moi je vis ici depuis déjà six mois. Je connais d'autres étrangers qui vivent ici depuis 5 ou 6 ans, voire plus. C'est difficile. Leur histoire permet d'expliquer beaucoup de comportements. C'est un peuple fermé sur lui-même, homogène, nationaliste et fier qui expose partout son drapeau et qui chante son hymne nationale même en boîte de nuit... Ils ne sont pas à l'écoute de l'autre, pas curieux de ce que l'on a à dire ou de ce qu'on a à apporter, nous étrangers. Ils ne posent de questions et ne sont intéressés que par ce que l'on pense de leur pays et de leur peuple. C'est un peuple qu'on ne peut jamais intégrer si notre sang n'est pas arménien, et quelques fois, même si on vient de la diaspora.



Les gens les plus cultivés sont capables de tenir des discours misogynes, sur lesquels je ne reviendrai pas, et racistes, notamment envers les musulmans et plus particulièrement contre les Azéris et les Turcs, qui par ailleurs, ne sont pas toujours mieux... On m'a dit la France aux Français, les Arabes dehors et vive Sarkozy... Ce ne sont pas des Arméniens rencontrés au hasard qui m'ont dit cela. Comment leur expliquer que si Chirac a fait beaucoup pour l'Arménie, Sarkozy est différent. On m'a demandé pourquoi je prenais la politique trop au sérieux... Evidemment, j'ai vu les élections de leur pays avec la corruption et l'incapacité des dirigeants, et je comprends leur désintéret.



C'est en Arménie et en Turquie que j'ai senti ce qu'était qu'être discriminée par la nationalité ou la différence. Pour tous, c'est plus ou moins dur. Comme le dit Emilie, en Arménie on prend dix ans et on en perd dix à la même seconde. La découverte fait murir mais le manque de liberté qu'on peut ressentir, nous les filles, la surprotection des Arméniens, c'est tout le paradoxe de ce pays, que malgré tout, on aime tous.



La diaspora qui revient aux racines est souvent bien déçue et pour cause. Mais le peuple arménien est brisé par un génocide, par une domination soviétique de 70 ans, par une guerre pour le territoire du Karabakh, par le fait que la nation est divisée entre "natifs" et diaspora, par les nombreuses tentatives (passées) d'invasion des pays frontaliers dont les trois quarts sont musulmans, par les tremblements de terre, par une situation économique proche de la catastrophe. Ils essaient de se construire tant bien que mal après seulement 15 ans d'indépendance dans un environnement régional et mondial sans pitié. Et peut-être qu'effectivement, c'est cette souffrance qui fait qu'ils ne peuvent pas écouter. Quand on souffre on ne s'ouvre pas, on essaie de survivre.

Thursday, April 5, 2007

Vanadzor



Navrée de ne pas tenir très à jour mon blog. Mais voilà, comme tout le monde, même en Arménie, il arrive de tomber dans un quotidien... En effet, je vis comme vous, et le quotidien, on le retrouve partout. D'où l'importance de ne pas partir pour fuir!


Seulement, je dois bien l'avouer, le quotidien n'est pas le même partout! En effet, ici, je découvre tellement tout le temps qu'il m'est parfois difficile de raconter, de faire le point dans mes émotions. C'est en discutant avec d'autres que l'on peut faire le point sur le paradoxe de l'étranger en Arménie. Ce n'est pas toujours simple, mais les coups durs on les vit ensemble, tout comme les bons moments!


Alors voilà, ce week end, je suis partie à Vanadzor à 100 km d'Erevan pour rendre visite à une amie: Emilie, française, SVE. Nous sommes partis à 4: Julija, Peter, Gregor et moi. Nous avons cherché le minibus pendant un quart d'heure tout en étant harcelés par les nombreux taxis... Tous les mêmes ceux-là, les frontières ne font aucune différence. Mais comme l'argent disparaît à vue d'oeil, pour moi, il est inconcevable de payer plus cher un de ces emm... Obstinée, comme d'habitude, je ne lache pas prise et parviens à trouver le minibus où tout le monde monte à contre coeur. (Petite pensée pour Gregor qui du haut de son mètre 90 et des poussières était vraiment plié en 4) Que n'avais-je pas fait là!!! Au bout d'une heure, la moitié du trajet, nous tombons en panne. Et parce que c'est trop facile de tomber en panne dans la plaine, c'est en pleine montagne que l'incident survient. Tout le monde a payé. Que va faire le chauffeur? Et bien c'est très simple. On attend qu'un autre minibus arrive. Pour monter la côte, on accroche l'autre minibus derrière. Et on se fait trainer... Pas bête! Seulement avec le vide et les virages, tout cela n'a rien de rassurant. On aperçoit le sommet. Que va-t-il se passer maintenant? Et bien en roue libre tout simplement! Et vas-y que je freine à tout va!!! La montée suivante, on recommence l'opération! Seulement, les pentes sont de 12 degés minimum... Alors forcément, les freins, ils trinquent. Je suis assise sur la roue. Ca commence à sentir. On met nos pulls sur nos visages. Tout à coup, Peter commence à s'exciter, je ne comprends pas, il parle au chauffeur en russe. Puis il me désigne du doigt. Je suis dans le brouillard. La fumée émane de mes pieds... Sympa!!! Mais bon, qu'est-ce qu'on peut faire à part en rire. Nerveusement. Nous avons mis trois heures au lieu de deux. Je suis arrivée avec une grosse migraine. Le week end commençait bien.


Puis heureusement, Emilie nous a fait partager sa petite vie. Nous avons passé une soirée géniale, à se pisser dessus. Le lendemain, motivation. On part pour 2 heures en randonnée, ou devrais-je dire en escalade? Fini le temps des pentes douces du chemin des douaniers... Maintenant, c'est de la montée dure! Je me suis posée la question pendant deux heures de sérieusement arrêter de fumer. Tout le monde est devant moi. Je fais des pauses toutes les deux secondes (il est beau le paysage, pretextè-je face à l'incrédulité et à la pitié des autres qui m'attendent). Arrivée en haut, après un quart d'heure, je m'en grille une. De toute façon, ça ferait trop plaisir aux Arméniens que j'arrête. Et j'ai de nouveau une excuse pour fumer. La provocation. Pas malin, mais je n'ai rien trouvé de mieux. Mais l'air frais de cette ville qui est la troisième d'Arménie mais qui ressemble plus à un village m'a fait du bien. Nous redescendons les quelques Tours Eiffel que nous venons de grimper, moi la première (je suis toujours en dessous des autres...). Nous rentrons, exténués mais détendus, heureux de notre moment passé ensemble. On se retrouve l'année prochaine à Marseille! N'est-ce pas Emilie?