Friday, June 1, 2007

Aragats




D'accord il y a Ararat de l'autre côté de la frontière Turque (que le gouvernement présente parmi les plus beaux trésors de Turquie, vu du côté arménien...) Mais il y a aussi une montagne de 4020m qui s'appelle Aragats, la plus haute d'Arménie. Elle protège un lac au milieu de ses quatre sommets. C'est parce que je dois être un peu masochiste que j'ai accepté de grimper avec huit compagnons jusqu'à l'un des sommets . Nous sommes montés jusqu'à 3900m mais évidemment, nous avons commencé à 3200m. Le 28 Mai, il fait 35 degrés à Erevan, mais c'est tellement plus drôle de marcher pendant quatre heures dans la neige, sous une température de 10 degrés, sans air à respirer... Les filles ne sont pas folles, nous n'étions que deux dans le groupe.


Mais l'effort vallait la récompense qui fut multiple. D'abord, l'exploit accompli, la fierté de l'avoir fait et d'être arrivée troisième en haut alors que je ne suis qu'une fille d'1m55 qui fume. La joie de prendre en photo un semblant de drapeau arménien improvisé avec des vêtements et des sacs plastiques pour célébrer l'indépendance du pays. La sieste au sommet, dans les nuages, sur des pierres et sous le vent. Enfin la descente d'une demie heure sur les mêmes sacs plastiques et l'arrivée, trempés et glagés mais relaxés, fiers et heureux.

Friday, May 11, 2007

Le Haut Karabakh




Je suis désolée mais je vais me répéter un peu...
Accompagnée d'un Allemand, d'un Américain et d'un Français, le 18 Mai, je pars pour ce pays qui est en fait plus une région disputée par ses voisins.
Un brin d'histoire pour restituer tout cela:
Pendant l'époque soviétique, ce que nous appelons en France le Haut Karabakh, était alors une région parmi tant d'autres sous la domination de Staline. Des Azéris et des Arméniens y cohabitaient en paix. Au moment de la chute du régime, qui se souciait du devenir de cette petite région? C'est ainsi que le Haut Karabakh devient une république peuplée de deux nations. Une guerre éclate presque aussitôt entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan revendiquant chacun le territoire. L'Arménie gagne. Si vous croyez que les Arméniens haïssent les Turcs, (ce qui demeure vrai pour une grande partie de la population, non éduquée, qui n'a pas compris que leur seule chance d'intégrer l'Europe et de réhausser leur niveau économique est d'ouvrir les frontières et de faire la paix...) allez donc leur demander ce qu'ils pensent des Azéris. Un Arménien à l'école, il apprend à être nationaliste, à détester les Turcs et à haïr les Azéris (qui, pour ceux que j'ai rencontrés sont encore pires que les Arméniens...). Si le peuple turc est manipulé par son gouvernement qui diffuse une propagande contre les Arméniens (qui auraient tué de nombreux Turcs) et qui pratique une censure très efficace pour ignorer le génocide, les Azéris, eux, (toujours pour ceux que j'ai rencontrés) font preuve d'un orgueil et d'un nationalisme qui font froid dans le dos. Comme les Arméniens, ils sont élevés dans la haine de l'autre mais pour l'Azerbaïdjan, il y a en plus la rancune de la défaite et le désir de vengeance. Ce qui est inquiétant, c'est que le budget militaire de l'Azerbaïdjan est supérieur au budget national de l'Arménie. Contrairement à la Turquie, un Arménien ne peut entrer en Azerbaïdjan, et vice versa...

Le périple commença donc à Goris, ville liaison du Sud de l'Arménie. Gregor décida de dormir dans les environs. Alors, je soumets l'idée de dormir dans une de ces grottes creusées par des hommes dans les montagnes, il y a très longtemps. Il a dit oui, mais il fallait monter jusqu'à un sommet. Les randonnées en Arménie ressemblent souvent à de l'escalade ou au moins à de la "grimpée" de pente à 40 pourcents voire plus... Alors, les moins sportifs (l'Américain et moi) suivons les deux tares. Heureux d'arriver au sommet, notre joie se transforme en grande déception et en flemmingite aigue à la vue d'un deuxième sommet. Mon Gregor d'1m93 ne peut être qu'enthousiaste à l'idée de ce nouveau défi... Je ne suis pas surprise, il nous a fait le même coup à Vanadzor... Nous décidons d'attendre avec Hayes et de contempler la vue depuis la hauteur d'une Tour Eiffel (nouvel unité de mesure inventée par Émilie...) Pas de bol, ils reviennent nous dire qu'on peut monter dormir, parce que "c'est plat avec deux trous"... Épuisée au sommet de cette colline, je fais mon Arménienne et j'attends qu'on me fasse du feu. Il faut savoir que les montagnes environnantes étaient couvertes de neige 100m plus haut. Alors évidemment, j'ai passé la nuit à claquer des dents mais avec pour consolation, le feu chaleureux et un des plus merveilleux ciels étoilés qu'il m'a été donné de voir dans ma vie.
Le lendemain matin, chacun sa drogue: le coca pour qui vous devinez, la bouffe pour le Français et l'Allemand et ma cigarette. Nous redescendons en disant bonjour aux vaches et nous nous galérons pour parvenir a Stepanakert, la capitale, à un prix raisonnable, bien que Hayes parle couramment l'arménien. Arrivés à destination, nous nous mettons en quête du Ed, l'Anglais Australien qui devait nous rejoindre là. Nous le trouvons par chance, tranquillement installé à la terrasse d'un café, après avoir maudit les compagnies téléphoniques arméniennes qui sont les mêmes au Karabakh mais qui ne fonctionnent pas avec nos portables arméniens... Puis nous partons à la découverte de Shoushi, ville gravée dans mon coeur. Nous y trouvons un hôtel bien mérité.
Le lendemain, nous visitons cette ville, désertée par les Azéris, dont les ruines et la couleur de la pierre laissent imaginer la beauté d'antan. La nature est luxuriante. Je me ressource. Mais les trois mosquées détruites desquelles nous avons gravi les minarets dominent la ville. Un habitant me demande d'où je viens et les larmes aux yeux, me remercie de visiter Shushi. Ça commence bien. Une femme à qui il manque un bras vient me demander de l'argent en pleurant et en m'expliquant que l'immeuble vide et macabre devant lequel nous sommes était celui où elle habitait. Un homme alcoolique, dont le visage m'était étrangement familier, vient me raconter dans un patois incompréhensible, mais les gestes et le corps sont parfois plus explicites pour exprimer la douleur, que des enfants comme moi, il en a perdus quatre qu'il dort dans la rue et qu'il ne comprend pas l'acharnement de ces hommes, là, à reconstruire la mosquée principale (destinée à un musée national). Je ne l'oublierai jamais...
Il faut savoir que Shushi était une ville majoritairement peuplée d'Azéris et qu'elle a été bombardée essentiellement par les Arméniens... Partout le bruit des bombes résonne, dans les yeux humides de ses habitants, entre les murs blancs en ruines, dans les rues presque désertes. Les Azéris survivants sont partis. Il ne reste évidemment que les Arméniens survivants, qui, à force de cohabitation, sont bilingues.
Le lendemain nous partons pour une ville totalement détruite pour finir par le joyau du Karabakh, Gandzasar, le plus beau des monastères qui a été évité par miracles par les bombardements. (Un signe de dieu vous diront les Arméniens...) Une bouffée d'oxygène dans ce pays d'après guerre où l'on se sent quand même en Arménie. Le chauffeur de taxi, après m'avoir demandé de souhaiter avoir des enfants très vite, lorsque j'allumais ma bougie, nous ramène gentiment vers l'hôtel. Sur le chemin, évidemment, ça aurait trop simple sans ça, le taxi crève. Nous décidons de nous promener jusqu'à la rivière. Ed nous fait une grosse blague: il est seul à parler russe et nous dit qu'il est écrit qu'il y a encore des mines sur ce terrain. Nous le suivons (il exploserait avant nous...). En fait il était écrit qu'il était interdit de pécher. Mais le chauffeur de taxi qui vient nous chercher nous dit gentiment, après, que le terrain n'est pas tout à fait déminé... Bon. On n'est pas très fiers de nous... Nous rentrons exténués, émus, et pour ma part, un peu remuée, du périple et rejoignons la capitale Erevan le matin suivant après une excursion au bord du canyon...

L'Arménie envahie 2







C'est Manou qui est arrivée et que j'ai aussitot abandonnée pour aller en Turquie. Quand je suis revenue, nous avons tous eu l'impression qu'elle faisait partie de cette vie arménienne. Elle est invitée pour un SVE ici-même.
La Turquie, c'était magnifique. C'était aussi très intéressant d'un point de vue formateur. Etre francaise là-bas, ça n'a pas été que simple parce que je suis responsable de tout ce que la France a fait, depuis la colonisation, jusqu'a la loi qui punit la négation du génocide arménien... Je n'avais pas le droit de parler du conflit du Karabakh devant les Azéris, ma nationalité étant ma plus grande faute... C'est tout de même incroyable que dans un projet jeunesse qui devrait accueillir des gens ouverts, je puisse ressentir une telle hostilité... Mais bon, dans l'ensemble, les Turcs et surtout les Kurdes ont été sympas et ouverts.
J'ai été sidérée par le déroulement des élections arméniennes manipulées et corrompues... Nous avons (pour combien de temps encore) la chance d'être dans une démocratie... Un programme de jeunes observateurs a été mis en place et j'avais beaucoup d'amis dedans. Je n'imaginais pas le nombre de magouilles et de techniques, plus ingénieuses les unes que les autres, qui existent... Le parti qui était au pouvoir a encore gagné...
Manou est repartie, les larmes ont encore coulé... Tu as des gros bisous de tout le monde d'ailleurs...

Friday, April 6, 2007

L'Arménie envahie




Avril 2007: Quatre Normands débarquent à Erevan: Guylaine, Denis, Brigitte et Gervais. Retrouvailles joyeuses!



J'ai beaucoup observé et parlé évidemment. Leurs premières réactions ont été similaires aux miennes. Le temps étant grisailleux, la réalité était mise en valeur. Pollution des campagnes, un pays sans architecture historique en apparence, des villages habillés de blocs soviétiques, un peuple curieux qui vous fait sentir votre différence par des regards oppressants et oppresseurs. Choc. C'est très différent... Pourtant, ils ont joué le jeu et m'ont fait confiance. Ils ont rencontré. D'abord à Zatik, Satenik, la prof de français avec qui je travaille, puis la grand mère de mon élève. Mais aussi une femme fière et heureuse de nous faire découvrir son Khor Virap, en arménien, puis qui a insisté pour nous inviter à prendre une petite collation chez elle, avec les moyens du bord, en toute modestie et en toute sincérité.



Tout le monde a été ému de ces spontanéités. Je crois qu'ils peuvent mieux parler que moi de ce qu'ils ont ressenti. Quand on commence à comprendre pourquoi c'est comme ça, par leur histoire, ça devient magique, ça nous ramène aux sources.



Maintenant voilà. C'est une expérience de court terme. Moi je vis ici depuis déjà six mois. Je connais d'autres étrangers qui vivent ici depuis 5 ou 6 ans, voire plus. C'est difficile. Leur histoire permet d'expliquer beaucoup de comportements. C'est un peuple fermé sur lui-même, homogène, nationaliste et fier qui expose partout son drapeau et qui chante son hymne nationale même en boîte de nuit... Ils ne sont pas à l'écoute de l'autre, pas curieux de ce que l'on a à dire ou de ce qu'on a à apporter, nous étrangers. Ils ne posent de questions et ne sont intéressés que par ce que l'on pense de leur pays et de leur peuple. C'est un peuple qu'on ne peut jamais intégrer si notre sang n'est pas arménien, et quelques fois, même si on vient de la diaspora.



Les gens les plus cultivés sont capables de tenir des discours misogynes, sur lesquels je ne reviendrai pas, et racistes, notamment envers les musulmans et plus particulièrement contre les Azéris et les Turcs, qui par ailleurs, ne sont pas toujours mieux... On m'a dit la France aux Français, les Arabes dehors et vive Sarkozy... Ce ne sont pas des Arméniens rencontrés au hasard qui m'ont dit cela. Comment leur expliquer que si Chirac a fait beaucoup pour l'Arménie, Sarkozy est différent. On m'a demandé pourquoi je prenais la politique trop au sérieux... Evidemment, j'ai vu les élections de leur pays avec la corruption et l'incapacité des dirigeants, et je comprends leur désintéret.



C'est en Arménie et en Turquie que j'ai senti ce qu'était qu'être discriminée par la nationalité ou la différence. Pour tous, c'est plus ou moins dur. Comme le dit Emilie, en Arménie on prend dix ans et on en perd dix à la même seconde. La découverte fait murir mais le manque de liberté qu'on peut ressentir, nous les filles, la surprotection des Arméniens, c'est tout le paradoxe de ce pays, que malgré tout, on aime tous.



La diaspora qui revient aux racines est souvent bien déçue et pour cause. Mais le peuple arménien est brisé par un génocide, par une domination soviétique de 70 ans, par une guerre pour le territoire du Karabakh, par le fait que la nation est divisée entre "natifs" et diaspora, par les nombreuses tentatives (passées) d'invasion des pays frontaliers dont les trois quarts sont musulmans, par les tremblements de terre, par une situation économique proche de la catastrophe. Ils essaient de se construire tant bien que mal après seulement 15 ans d'indépendance dans un environnement régional et mondial sans pitié. Et peut-être qu'effectivement, c'est cette souffrance qui fait qu'ils ne peuvent pas écouter. Quand on souffre on ne s'ouvre pas, on essaie de survivre.

Thursday, April 5, 2007

Vanadzor



Navrée de ne pas tenir très à jour mon blog. Mais voilà, comme tout le monde, même en Arménie, il arrive de tomber dans un quotidien... En effet, je vis comme vous, et le quotidien, on le retrouve partout. D'où l'importance de ne pas partir pour fuir!


Seulement, je dois bien l'avouer, le quotidien n'est pas le même partout! En effet, ici, je découvre tellement tout le temps qu'il m'est parfois difficile de raconter, de faire le point dans mes émotions. C'est en discutant avec d'autres que l'on peut faire le point sur le paradoxe de l'étranger en Arménie. Ce n'est pas toujours simple, mais les coups durs on les vit ensemble, tout comme les bons moments!


Alors voilà, ce week end, je suis partie à Vanadzor à 100 km d'Erevan pour rendre visite à une amie: Emilie, française, SVE. Nous sommes partis à 4: Julija, Peter, Gregor et moi. Nous avons cherché le minibus pendant un quart d'heure tout en étant harcelés par les nombreux taxis... Tous les mêmes ceux-là, les frontières ne font aucune différence. Mais comme l'argent disparaît à vue d'oeil, pour moi, il est inconcevable de payer plus cher un de ces emm... Obstinée, comme d'habitude, je ne lache pas prise et parviens à trouver le minibus où tout le monde monte à contre coeur. (Petite pensée pour Gregor qui du haut de son mètre 90 et des poussières était vraiment plié en 4) Que n'avais-je pas fait là!!! Au bout d'une heure, la moitié du trajet, nous tombons en panne. Et parce que c'est trop facile de tomber en panne dans la plaine, c'est en pleine montagne que l'incident survient. Tout le monde a payé. Que va faire le chauffeur? Et bien c'est très simple. On attend qu'un autre minibus arrive. Pour monter la côte, on accroche l'autre minibus derrière. Et on se fait trainer... Pas bête! Seulement avec le vide et les virages, tout cela n'a rien de rassurant. On aperçoit le sommet. Que va-t-il se passer maintenant? Et bien en roue libre tout simplement! Et vas-y que je freine à tout va!!! La montée suivante, on recommence l'opération! Seulement, les pentes sont de 12 degés minimum... Alors forcément, les freins, ils trinquent. Je suis assise sur la roue. Ca commence à sentir. On met nos pulls sur nos visages. Tout à coup, Peter commence à s'exciter, je ne comprends pas, il parle au chauffeur en russe. Puis il me désigne du doigt. Je suis dans le brouillard. La fumée émane de mes pieds... Sympa!!! Mais bon, qu'est-ce qu'on peut faire à part en rire. Nerveusement. Nous avons mis trois heures au lieu de deux. Je suis arrivée avec une grosse migraine. Le week end commençait bien.


Puis heureusement, Emilie nous a fait partager sa petite vie. Nous avons passé une soirée géniale, à se pisser dessus. Le lendemain, motivation. On part pour 2 heures en randonnée, ou devrais-je dire en escalade? Fini le temps des pentes douces du chemin des douaniers... Maintenant, c'est de la montée dure! Je me suis posée la question pendant deux heures de sérieusement arrêter de fumer. Tout le monde est devant moi. Je fais des pauses toutes les deux secondes (il est beau le paysage, pretextè-je face à l'incrédulité et à la pitié des autres qui m'attendent). Arrivée en haut, après un quart d'heure, je m'en grille une. De toute façon, ça ferait trop plaisir aux Arméniens que j'arrête. Et j'ai de nouveau une excuse pour fumer. La provocation. Pas malin, mais je n'ai rien trouvé de mieux. Mais l'air frais de cette ville qui est la troisième d'Arménie mais qui ressemble plus à un village m'a fait du bien. Nous redescendons les quelques Tours Eiffel que nous venons de grimper, moi la première (je suis toujours en dessous des autres...). Nous rentrons, exténués mais détendus, heureux de notre moment passé ensemble. On se retrouve l'année prochaine à Marseille! N'est-ce pas Emilie?

Monday, March 12, 2007

En hommage à tous les Arméniens que je connais


Pourquoi j'aime l'Arménie?


Je l'aime pour son peuple


Je l'aime pour les amis que j'y ai rencontrés


Je l'aime pour sa jeunesse


Je l'aime pour son dynamisme


Je l'aime pour son identité


Je l'aime pour le mélange homogène de sa culture


Je l'aime pour sa pudeur


Je l'aime pour son côté simple et naturel


Je l'aime pour son hospitalité


Je l'aime pour sa générosité


Je l'aime pour sa charité


Je l'aime pour son humilité et pour son orgueil


Je l'aime pour sa philosophie


Je l'aime pour sa nature superstitieuse


Je l'aime pour son unité et sa résistance


Je l'aime pour son humanité


Je l'aime pour sa solidarité


Je l'aime pour son altruisme


Je l'aime pour son courage


Je l'aime pour son esprit de famille


Je l'aime pour sa musique


Je l'aime pour ses danses


Je l'aime pour son originalité


Je l'aime pour son désir de nouveau et d'ouverture


Je l'aime parce qu'ils ne se plaignent jamais


Je l'aime parce qu'ils ne se complaisent pas


Je l'aime parce qu'ils ne renoncent jamais


J'espère qu'ils vont réussir à ouvrir leur pays dans tous les sens du terme...

Le minibus


Une expérience extraordinaire à Erevan.
Si je dois mourir en Arménie, je veux dire, si on écarte l'éventualité de me faire écraser par une voiture, ce sera dans le minibus.
Où le prendre, à ce que je sache, ce n'est écrit nulle part. Les numéros vont jusqu'a 200, à vous de trouver où les prendre et où ils vont. Ils suivent la règle arménienne: "En Arménie, pas de règle". Bien sûr, il y a des stations mais qui s'en préoccupe? Il faut se mettre sur le bord du trottoir. Quand vous le voyez, vous levez la main pour lui signifier qu'il doit s'arrêter. Puis si vous arrivez à l'atteindre en évitant les flaques, il vous faut encore trouver la poignée. L'épreuve suivante est de trouver une place. Il y en a une quinzaine environ, parfois plus. Mais entrer à 2O ne les effraie pas. A l'intérieur, c'est l'entraide: les hommes laissent leur place aux femmes et aident les personnes agées. Quelques fois, je peux tenir debout à l'intérieur du haut de mon mètre 55. Mais un homme insiste toujours pour me laisser sa place et passer le reste du trajet plié en deux... Les femmes, elles aussi, me laissent la place pour que je puisse asseoir un quart de fesse. Personne ne parle.
Après, il faut surtout fermer les yeux. Qui n'a vu ne peut imaginer leur manière de conduire... "En Arménie, pas de règle", ça prend tout son sens dans le minibus.
Pour s'arrêter, il faut, malgré le bruit du moteur, se faire entendre du chauffeur: "Kangaroum kangnèk!". Ici, c'est en sortant qu'il faut payer. Si on compare avec le métro, ça donne: 2 fois plus dangereux, 2 fois plus polluant, 2 fois plus inconfortable, 2 fois plus long et deux fois plus cher... Mais ça va partout. Ils ont supprimé le tram au profit du "private business"... Ca vaut le détour!