Monday, November 19, 2007

Projet personnel

Festival de culture: les Arméniennes nous montrent la cérémonie du mariage arménien.
Typhenn présente Yerevan.


Eglise arménienne


Statue pour le sport qui doit dater de l'époque soviétique


Karabakh...





Quelques textes de jeunes femmes, arméniennes ou non, sur ce qu'elles peuvent vivre en Arménie, ce qu'elles ressentent, comment elles l'analysent... (langue de l'écrit + français, traduit comme j'ai pu.):




I live in Yerevan since already 9 months and almost everyday, when i am going to my job or to meet my friends, i pass one old armenian woman, sitting on the corner and asking to buy sunflowers seeds she has just there, on the ground. I never did. But i always wonder, how old is she? 60 or 80? Has she seen a genocide? Was she a virgin, when she got married, and if not, how did she survive in her neighbourhood? how many mouths did she have to feed? or may-be still has...
Woman i Armenia.
I am not armenian and 9 months it is really not enough to get deeper into this question, or just to understand. So sorry if i write something ridiculous or even funny, it is just a woman's opinion from another country and, of course, another culture.
During my stay here i have met really very clever, very enthusiasting and hard working young armenian women, who believe in their future and do everything to open the minds of youth and to make them understand. But, it is sad to say so, in my opinion this kind of women is minority here, in this country. Now, writing this, i really want to be wrong, but as i have seen and as i have heard, the truth is this. Don't get me wrong, i dont want to say that they are not clever and so on, i truly believe that even if they want to do something not usual in this country and culture, they have to pass a lot of borders on the way to success and it is really hard to do.
The society want them to be "normal women " ( let me explain - dress in one style, make love after marriage, be good wife and so on ), and if you don't fit to these "rules", you can be killed by moral way because of non ending staring and speaking. I know it by myself, because i have my own style which is strange to people here, but totaly normal in my country, and i have a lot of moral pressure in the streets because people are staring, sometimes laughing and pointing at me, even asking if they can buy me to have sex. So this is the problem not because of young girl, but of society where she grows and learns how to live.
Also, not only women, but also men in Armenia, are closed minded and sometimes very closed minded. This problem i can explain because of political and geographical position of Armania nowadays: closed borders with Turkey and Azerbaijan, one open border with Iran, which is a totally different country with its traditions, religion and aims, and the last one, and, actually we can say, the only real and useful border with Georgia. So this country has really very small enter to the rest of the world, which would be very imortant to improve import, export and tourism. The way the country is closed from almost every sides is the same as the way people are closed in their minds too. That's why they are laughing at me, and also from very brave armenian girls, in the streets, and that's whay it is better to be like the rest. And even if a girl sees, that she has her own style or her own way of doing thing and thinking, in that case she has to live with a lot of difficulties because of virginity ( for example if she wants to live with her boyfriend, what is totally normal in my country, she can be called prostitute in her neighbourhood), also because of the way she dresses, the way she behaves ( smoking in the streets for women is not allowed), even sometimes the way she speaks.
So, in my opinion, to be woman, especially different from the others ( that i know 100 percent on my own) is hard, sometimes very hard. But, as i told, i have met here really wonderful young women, who are doing great with the way they are, and i just wish, after few years, to see them more and more free not only in the streets, but also in their minds.
Julka, lithuanian, 21 years old




Cela fait déjà neuf mois que je vis en Arménie et presque chaque jour, quand je vais au travail ou voir des amis, je passe devant une vieille femme arménienne, assise au coin et demandant d'acheter ses graines de tournesol, qu'elle a juste là, par terre. Je n'en ai jamais acheté. Mais je me demande tout le temps, quel âge a-t-elle? 60 ou 80? A-t-elle vu le génocide? Est-ce qu'elle était vierge quand elle s'est mariée? et sinon, comment a-t-elle survécu dansson voisinage? Combien de bouches avait-elle à nourrir? ou peut-être a-t-elle encore...
Femme en Arménie.
Je ne suis pas arménienne et 9 mois ce n'est vraiment pas assez pour entrer profondément dans cette question, ou juste pour comprendre; donc désolée si j'écris quelque chose de ridicule ou même de drôle,c'est juste une opinion d'une femme d'un autre pays et bien sûr d'une autre culture.
Pendant mon séjour ici, j'ai rencontré de jeunes Arméniennes très intelligentes, très enthousiastes, très sérieuses, qui croient en leur avenir et qui font tout pour ouvrir leurs esprits de jeunes et se faire comprendre. Mais, c'est triste de le dire, à mon avis, ce genre de femmes ici est minoritaire, dans ce pays. Maintenant, en écrivant ça, j'ai vraiment envie de me tromper, mais ce que j'ai vu et ce que j'ai entendu c'est ça. Pas de mécompréhension, je ne dis pas qu'elles ne sont pas intelligentes ou quoique ce soit d'autre, je pense vraiment que même si elles veulent faire quelque chose d'inhabituel dans ce pays et cette culture, elles doivent outrepasser des frontières pour réussir et c'est vraiment difficile à faire.
La société veut qu'elles soient des "femmes normales" (je m'explique, habillées d'une certaine manière, ne faire l'amour qu'après être mariées,être une bonne épouse etc), et si on ne correspond pas à ces "règles", on peut être tuée moralement,à cause des regards et des commérages. Je le sais moi-même parce que j'ai mon propre style qui est très étrange pour les gens d'ici, mais totalement normal pour les gens de mon pays, et je reçois une grande pression sociale dans les rues, parce que les gens me regardent avec insistance, parfois rient et me pointent du doigt, me demandant même s'ils peuvent m'acheter pour du sexe. Donc c'est le problème, pas à cause des jeunes filles mais à cause de la société où elles grandissent et apprennent comment vivre.
Egalement, ce ne sont pas seulement les femmes mais aussi les hommes en Arménie qui sont fermés et intolérants. Je pourrais expliquer ce problème avec le context politique et géographique de l'Arménie de nos jours: les frontières avec la Turquie et l'Azerbaïdjan sont fermées, celle avec l'Iran est ouverte (mais les deux pays sont totalement différents du point de vue des traditions, de la religion et des buts), et la dernière, la seule réelle et utile si l'on peut dire, la Géorgie. Donc ce pays ne possède vraiment qu'une petite entrée sur le monde, qui est vraiment importante pour augmenter les importations, les exportations et le tourisme. La façon dont ce pays est presqu' enclavé de tous côtés représente bien la façon dont les gens sont enclavés dans leur tête. C'est pour cela qu'ils se moquent de moi, et aussi d'Arméniennes très courageuses, dans les rues, et c'est aussi pourquoi c'est mieux d'être comme le reste. Et même si une fille voit qu'elle a son propre style, sa propre maniière de faire les choses, dans ce cas, elle doit vivre dans de grandes difficultés à cause de la virginité (par exemple, si elle veut vivre avec son petit ami, ce qui est totalement normal dans mon pays, elle peut se voir traitée de prostituée dans son voisinage), aussi bien avec sa façon de s'habiller que de se comporter (fumer dans la rue pour les femmes n'est pas autorisé), même parfois la façon dont elle parle.
Donc, à mon avis, être une femme, spécialement différente des autres (ça je le sais à 100 pourcent) c'est difficile, quelques fois très difficile. Mais comme je l'ai déjà dit, j'ai rencontré de merveilleuses jeunes femmes, qui sont géniales dans leur manière d'être, et je souhaite juste qu'après quelques années je puisse les voir de plus en plus libres, pas seulement dans les rues mais dans leur esprit.
Julka, Lituanienne, 21 ans






Daily life for you in Armenia
In Armenia nearly three million people live and they have different daily life. In my opinion, youth daily life is the most interesting. The ministry is different. It is possible to understand that some of them like to be in coffees, cinemas or salons, during the day. The others like to be out of the city and to participate to the tourists hikes. It is a possibility for them to know about our historical, architectural monuments, to be in the nature, during hot days to go to the swimming pool or to Sevan lake. Almost all the elder tell us what we have to do in the future.
Otherwise, in the village, they always wake up early in the morning, bring the animals to the fields, take the milk from the cows. At home, as provisions, they make butter, cheese and the Armenian traditionnal lavash. It is so difficult for women in the village. I can not tell all about Armenia because it is a lot. I am sure that days in Armenia is getting better and better day by day.
Maryam, Armenian, 19 years old


En Arménie, presque trois millions de personnes vivent et elles ont différent styles de vie. A mon avis, le quotidien de la jeunesse est le plus intéressant. Il est possible de comprendre que certains d'entre eux aiment aller au café, au cinéma ou aux salons pendant la journée. Les autres aiment sortir de la ville et participer aux randonnées touristiques. Il est possible pour eux de connaîtrenos monuments historiques et architecturaux, d'être dans la nature, et pendant les jours de grosse chaleur, d'aller à la piscine ou au lac Sevan. Presque tous les ainés nous disent ce qu'il nous faut faire dans l'avenir.
Par ailleurs, dans les villages, les gens se lèvent de bonne heure, mènent les animaux aux champs, traient les vaches. A la maison, ils font du beurre, du fromage, et le lavash arménien traditionnel. C'est tellement difficile d'être une femme dans les villages. Je ne peux pas tout dire à propos de l'Arménie parce qu'il y en aurait trop. Je suis sure que l'Arménie va de mieux en mieux chaque jour.
Maryam, Arménienne, 19 ans




OK, I think Armenia is a patriarchy it is more obvious in villages where weman in general can't have their own opinions and ets. In Yerevan it seems women to be more open-minded but in real life it isn't true because of public opinion- WHAT SHOULD SAY PEOPLE ABOUT ME??? this sentense plays a great role in weman behavior, besides there are some steriotypes of Armenian women. For example if you are considered to be moral woman you have to be virgin or you'' ll have many problems, evan if you are 24-or more yers old.
About work- now the number of girls who wants to work is growing in the fields of administration work but for example there are very few weman who wants to work in govornment or in state structures. We want to become Eourope but still we have to do a lot to change oar socity I know many girls and weman that coplain about armenian weman situation in family and in socity and thet are ready to change something but I think the problem is in the way of thinking in men they don't wan't to change anything, to become more open-minded and so etc.
I am sorry for writing only this little topic because there is much to say about this theme.
Victoria, Armenian, 23 years old



Je pense que l'Arménie est une patriarchie et que c'est plus visible dans les villages où les femmes ne peuvent pas avoir leurs propres opinions, etc. A Erevan, il semble que les femmes soient plus ouvertes d'esprit, mais en réalité, ce n'est pas vrai à cause de l'opinion publique: QU'EST-CE QUE LES GENS VONT PENSER DE MOI??? Cette phrase joue un grand rôle dans le comportement d'une femme. De plus, il y a des stéréotypes au sujet des femmes arméniennes. Par exemple, si on est considéré comme une femme morale, on doit être vierge ou bien on aura de gros problèmes, même si on a 24 ans ou plus.
Apropos du travail, maintenant le nombre de filles qui veulent travailler augmente dans le champ de l'administration mais, par exemple, il y a très peu de femmes qui veulent travailler au gouvernement ou dans les structures étatiques. Nous voulons devenir européens mais nous avonsencore beaucoup de changements à faire dans notre société. Jeconnais beaucoup de filles et de femmes qui se plaignent de la situation des femmes dans la famille ou dans la société et elles sont prètes à changer les choses, mais je pense que le problème estdans la façon de penser des hommes: ils ne veulent rien changer, pour s'ouvrir, etc.
Victoria, Arménienne, 23 ans




L think that women have to work. The God creat people and give them the some oppertunaty to live. Everybody has to work it's not dippent you are girl or boy. Yes for some people it is a littel strange that woman can work, or their wife can work, but l think that it is coming from the family and from the wife. L think that when husbend doesn't want that his wife to work, it is mean he forget that she will start to understand many things and then they will being not to understand each other . But now there are few people who are thinking so, everything is changing.
Woman has to work to feel her human.
In our country l think that women are keeping our traditions and culture. Because women taking care the childer more then men, and with youngsters are keeping the culture whom are educated the mother.
greeting
Anna, Armenian, 24 years old


Je pense que les femmes doivent travailler. Dieu a créé les Hommes et leur a donné l'opportunité de vivre. Tout le monde doit travailler et cela ne dépend pas du fait qu'on soit un garçon ou une fille. Oui, pour certains, il est un peu étrange que les femmes puissent travailler, ou que leur femme puisse travailler. Mais je pense que cela provient de la famille ou de l'épouse. Je pense que quand le mari ne veut pas que sa femme travaille, cela signifie qu'il oublie qu'elle va commencer à comprendre des choses et qu'ils auront dès lors beaucoup de mal à se comprendre entr eux. Mais maintenant, il y a beaucoup de gens qui pensent comme ça. Tout est en train de changer. La femme doit travailler pour se sentir humaine.
Dans notre pays, je pense que les femmes sont celles qui conservent notre culture et nos traditions. Parce que les femmes prennent soin des enfants plus que les hommes, et les jeunes gardent la culture héritée de leur mère.
Anna, Arménienne, 24 ans




I was born and lived all my life in Yerevan, in the capital of Armenia. As an Armenian woman I feel there are a lot of things to be done in my country to improve the condition of women in Armenia. The situation in Armenia nowadays can be explained (in some way, of course) by a review to our history. It should be mentioned that Armenia was the first country that officially adopted Christianity in 301, while being surrounded all the way with Muslim countries (expect Georgia). This caused the greatest controversy of the country and its people: being Christians they led a life which hardly differed from Muslims’: the traditions, dresses and even food were similar to the ones of Iran, Turkey, Syria, etc.
Time has passed and now Armenia is considered to be a part of Europe, we want to be an EU member but as I said many things should be improved before we can be called a part of EU.
Just as in Muslim countries women in Armenia are considered prior than men in every sphere.
Not every Armenian can confess this and there are some people that deny this fact (maybe they don’t notice it because they don’t refer to women as prior creatures themselves).
I made a survey among Armenian men lately and everyone denied the fact that women are being treated as prior creatures. Of course, they say things like “men are smarter”, “women are prior”, etc. jokingly, but they seriously consider that women have equal opportunities in Armenia.
I like to communicate with different kinds of people even in case their point of view is different from mine. I always try to understand this or that reasoning but at one point or another I lose the trace of logic in their philosophy. I will bring an example:
I got two colleagues (24-25 years old males) and they are considered “rabiz” because of the way they are dressed and I wanted to check if they are “rabiz” by their life philosophy as well or not. So I asked them what are their ideas of marriage, what are the qualities they want to see in their future wife, will the get married with a girl they fell in love with in case there is something they don’t like about her family or relatives and the like. They were sure they will never marry a girl whose parents are separated/dead/ mentally ill/ poor/etc. This really shocked me first and I couldn’t believe they can just forget their beloved person for such a thing. But then they started explaining that: in case the girl’s parents are separated, it means she wasn’t brought up well and besides she has witnessed a divorce which means she will act the same way with them, in case one of the relatives is mentally ill, the girl is going to inherit it all and their child will be mentally ill as well and in case her family is poor, she’s not a suitable for them…
I think that it will take decades till Armenian people will be able to get rid of their stereotypes and prejudices and start thinking freely and being more open to the world.
I believe the only thing I can do to make this process go quicker is to show others by my own example that everything is not only the way they see it but that there can be different people with different conceptions but they are all equal and nobody can judge them.
Anna, Armenian, 25 years old



Je suis née et j'ai toujours vécu à Erevan, la capitale d'Arménie. En tant que femme arménienne, je sens qu'il y a beaucoup de choses à faire dans mon pays pour améliorer la condition féminine. La situation en Arménie aujourd'hui peut s'expliquer (d'une certaine manière, bien sûr) par un retour sur l'histoire. Il doit être mentionné que l'Arménie a été le premier qui a officiellement adopté le chhristianisme en 301, alors qu'il était entouré de pays musulmans (à l'exception de la Géorgie). Les traditions, les vêtements, et même la nourriture étaient similaires à ceux d'Iran, de Turquie, de Syrie, etc.
Le temps a passé et maintenant, l'Arménie est considérée comme une part de l'Europe, et on veut faire partie de l'UE, mais comme je l'ai dit, beaucoup de choses doivent être améliorées avant qu'on soit membres de l'UE. Comme dans les pays musulmans, les femmes arméniennes sont considérées pires que les hommes dans chaque sphère. Ce ne sont pas tous les Arméniens qui peuveut admettre cela et il y en a beaucoup qui renient ce fait (peut-être qu'ils n'ont pas remarqué parce qu'ils ne considère pas les femmes comme telles, la pire des créatures). J'ai fait un sondage parmiles Arméniens mâles et tous ont renié que les femmes sont traitées comme les pires créatures. Bien sûr, ils disent des choses comme “les hommes sont plus class”, “les femmes sont les pires”, en blaguant, mais ils pensent sérieusement que les femmes ont les mêmes opportunités en Arménie. J'aime discuter avec plusieurs genres de personnes même si leur point de vue est différent du mien. J'essaie toujours de comprendre ces raisonnements mais à un moment je perds toujours le fil de la logique de leur philosophie.
Exemple:
J'avais deux collègues (deuxhommes de 24 25 ans) et ils sont considèrés “rabiz” (le beauf racaille arménien) à cause de leur façon de s'habiller et je voulais savoir si ils étaient rabiz aussi dans leur façon de penser ou pas.
Je leur ai donc demandé quelles étaient leurs idées à propos du mariage, quelles sont les qualités qu'ils voulaient voir en leur future femme, s'ils se marieraient avec une fille dont ils seraient tombés amoureux même s'il y a des choses qu'ils n'aiment pas chez sa famille ou ses proches. Ilsétaient sûrs qu'ils n'épouseraient jamais une fille dont les parents seraient séparés, morts, malades mentallement, pauvres, etc. Cela m'a d'abord beaucoup choquée et je ne pouvais pas imaginerqu'ils puissent oublier leur amour pour ce genre de choses. Puis ils ont commencé à expliquer: si les parents de la fille sont séparés, cela signifie qu'elle n'a pas été éduquée de la bonne manière et par ailleurs, elle a été témoin d'un divorce donc elle agira pareillement avec eux. Si un de ses proches est malade mentallement, la fille aura hérité de cela et le transmettra à ses enfants. Si la famille est pauvre, la fille n'est pas une fille suffisamment convenable pour eux...
Je pense que cela prendra des décennies avant que les Arméniens soient capable d'abandonner leur stéréotypes et préjugés pour commencer à penser librement en s'ouvrant plus sur le monde.
Je pense que la seule chose que je puisse faire pour accélérer le processus est de montrer aux autres par mon seul exemple que tout n'est pas seulement de la façon dont ils voient les choses mais qu'il peut y avoir des gens différents avec différentes conceptions mais qu'ils n'en demeurent pasmoins égaux et que personne ne peut les juger.
Anna, Arménienne, 25 ans




19 heures 20
Heure de pointe pour matter de la "pouf" arménienne. Il ne fait que 25 degrés, je supporte très bien ma petite laine. Mais une Arménienne qui se respecte aura obligatoirement son décolleté plongeant jusqu'au nombril avec un brushing impeccable que même le plus puissant des siroccos ne pourrait détruire! Une paire de lunettes qui leur couvre la moitié du visage. (mode oblige). Là, le soleil se cache derrière les nuages. Elle range sa paire de lunettes "cacharelle" sur son brushing, pour laisser apparaître un maquillage digne d'une icône de Néfertiti! Des yeux entourés de noir, fardés à l'extrême. Perchée sur de hauts talons aiguille, elle marche de manière langoureuse. Et cela, je peux le voir pour 95% des femmes tout âge confondu. Il ne faut pas croire qu'elles sont toutes belles avec un charme fou, non, loin de là. Je les trouve plutôt vulgaires et ridicules, je leur attribue même un certain manque de classe et de personnalité. Tiens, il pleut, c'est assez marrant de les voir courrir sur leurs perchoirs à moineau.
Tout cela pour dire que la femme arménienne "type" est très extravagante. Une extravagance qui pour une Européenne comme moi, choque. Car pour moi, tous ces symboles glamours connotent avec sensualité et provocation la recherche du regard de l'homme, du sexe. Et ce n'est pas pour autant qu'elles sont libérées! Toutes ces jeunes filles doivent être à 100% vierges. Telle est la tradition dans ce pays. Ici, on touche avec les yeux, pas question de sexualité.
Typhenn, Française, 22 ans





Bribes des échanges qu'elle a eus avec ses amis:
Je suis épatée par le temps que les femmes arméniennes passent à cuisiner et entretenir la maison. Cela n’est possible que parce que la femme ne travaille pas ou alors parce qu’elle est secondée par sa belle-mère ou sa belle-sœur (la femme vit avec les parents de son mari) car sinon jamais leurs maris n’auraient la chance de manger des plats aussi élaborés. Une fois, Ararat chez qui je vis, a fait un beau compliment à sa femme en me disant que les femmes arméniennes étaient des travailleuses endurantes et émérites. Sa femme a riposté : « tu crois qu’en France les femmes ne s’occupent pas de la maison ?! ». « Oui, mais elles n’ont pas à s’occuper de familles aussi nombreuses. » Je crois que c’était sa façon à lui de remercier sa femme pour tout ce qu’elle faisait et d’obtenir son assentiment pour continuer à se mettre les pieds sous la table. Ici, les femmes sont habituées à servir les hommes et la petite Mara de 8 ans sert son petit frère de 3 ans comme si c’était aussi évident que de respirer. La nouvelle génération commence à changer et on peut trouver quelques hommes qui aident un peu plus leurs femmes ou qui ont moins de prejuges.

pour l’instant je n’ai encore vu aucune fille en province fumer.

Razmik est le petit dernier de la famille et de surcroit, le seul et unique garçon. C’est pour cette raison que tout lui est passé et il fait régulièrement des caprices. Ca lui arrive de manger cinq glaces par jour s’il en a envie et ensuite il pleure toute la nuit parce qu’il a mal au ventre. Ses soeurs sont très patientes et se laissent frapper avec assez de bonne volonté jusqu’au moment où elles ne peuvent plus supporter cette situation et lui font très mal, dans un excès d’énervement. La mère arrive alors et fout une belle paire de claque, à la fille bien sûr. Ce qui me paraît surtout incroyable c’est qu’il frappe même sa mère et sa grand-mère et leur crie de se taire et l’unique réaction de la mère est d’esquiver un sourire attendri à son cher rejeton.
Sa soeur Mara à huit ans et cette année est la première année scolaire où elle a des examens. Tous les deux ans, elle en aura et elle doit avoir de bons résultats pour espérer étudier gratuitement à l’université par la suite. Lourde responsabilité pour une petite fille de cet âge et aucun droit à l’erreur. Elle avait quitté sa chaise un instant, laissant ses exercices sur la table, lorsque Razmik s’y est installé et a décidé d’y dessiner un magnifique ours. La mère a simplement rigolé.

Dans ma famille d’accueil, on n’ose pas dire non ni aux enfants ni aux grands-parents. Tout simplement parce qu’on a peur de passer pour quelqu’un d’autoritaire et de méchant même si c’est pour le bien des gens qu’on se fâche. La grand-mère souffre sérieusement de diabète et tout un coté de son corps est endolori. Elle est partie à Erevan pour des examens. Elle ne doit plus manger de sucre mais sur sa table de nuit, j’ai aperçu des bonbons pour manger avec le café et du jus de fruits. La mère se lamente mais n’ose pas interdire carrément. Pourtant, c’est grave. La grand-mère est menacée de gangrène et il est possible qu’on lui coupe sa jambe.

J’ai trouvé une vraie Colomba arménienne. Elmine est la fille d’un des éleveurs et a un caractère bien trempé. Elle me raconte qu’un jour elle a donné un coup de couteau à un garçon parce qu’il avait osé lui donner un coup de poing. Apparemment, il était un peu dérangé et me dit-elle « je n’aime pas qu’on pose les mains sur moi ». Je lui demande si cela lui arrive souvent de se promener avec un couteau et elle me répond qu’auparavant elle se promenait systématiquement avec un couteau car les rues n’étaient pas sures pour une fille mais depuis cette histoire elle peut se promener à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, personne ne l’importunera. Elle a fait du karaté, ce qui est assez original pour une fille, en particulier issue d’un petit village, et veut suivre une formation pour travailler ensuite dans la police, ce qui n’est pas non plus très courant.
Elle a vingt ans et contrairement à beaucoup de jeunes filles de son village, elle ne veut pas se marier pour le moment. Elle veut jouir de la vie. A Erevan on trouve de plus en plus de couples « à l’européenne » mais dans les villes comme Idjevan la moyenne d’âge des jeunes qui se marient tourne autour de 23 ans pour les garçons et 21 ans pour les filles. Tandis que dans les villages, la moyenne pour les filles tourne autour de moins de 20 ans et on peut encore trouver des jeunes filles de 16 ans qui se marient, que ce soit à la campagne ou à la ville. Cela dépend aussi beaucoup de la classe sociale et pour certaines familles pauvres c’est mieux que la fille s’en aille se marier. Puisque traditionnellement, la fille habite avec les parents de son mari. On m’a raconté qu’à Erevan, une femme avait envoyé la photo de sa fille de treize ans aux Etats-Unis pour qu’on lui trouve un mari. Et ce n’est pas le seul cas dont j’ai entendu parler.
Certaines filles veulent aussi se marier tôt car ici c’est un véritable statut social reconnu et estimé par tous. Une fille qui n’est pas marié est une sorte d’éternelle adolescente. J’étais assez gênée au début car tout le monde, que ce soit à la ville ou à la campagne, me demande si je suis mariée. Puis, on me demande pourquoi je ne suis pas mariée, parce que je suis déjà vieille pour eux, et on s’étonne que mon père m’ait laissé partir. Et tout le monde termine la conversation en déclarant qu’ils vont me trouver un mari ici. Les questions de mariage et de couple sont une obsession ; c’est comme si c’était l’unique but de la vie. Nous avons fêté mon anniversaire avec quelques amis arméniens et l’un des premiers toasts était le suivant : « Si tu vivais en Arménie, Marie, on te souhaiterait pour ton anniversaire que cette année tu … » - « C’est bon, j’ai deviné ! ». Une voisine m’a congratulé de la facon suivante : « Ma belle-fille s’est mariée lorsqu’elle avait 25 ans, donc tu as encore un peu de temps. »

Les filles se marient aussi très jeunes parce que, m’a-t on expliqué, certaines se conduisent d’une façon un peu trop « libre » et on les marie avant qu’elles ne soient plus vierges. Car ici, il faut impérativement être vierge avant le mariage. Ou alors parce qu’on pense qu’elles ne le sont plus et si une occasion de mariage se présente, on fonce dessus car elle ne se représentera peut-être pas étant donné la réputation de la fille. Que le garçon plaise ou non est une question totalement subsidiaire. Mais bien sûr, cela dépend aussi beaucoup du statut social. J’ai aussi entendu des histoires de jeunes fiancés qui avaient couché avant le mariage et finalement le garçon a décidé de rompre les fiançailles, car la fille n’était pas sérieuse en acceptant sa proposition. Et dans certains villages et certaines familles très traditionnelles, on montre encore le drap des mariés avec la tache de sang, preuve de la virginité perdue de l’épousée.

L’ancienne tradition caucasienne de « dérober » une jeune fille pour l’épouser est encore en vigueur en Arménie et de manière général dans tout le Caucase et en Asie centrale. Cela se passe ainsi. Un garçon dérobe une jeune fille qui lui plait avec la complicité de ses amis. Il la cache quelques jours chez un parent qui la traite très bien et elle ne subit aucune agression sexuelle. Simplement, pendant quelques jours, elle doit se farcir la télé arménienne non stop et je pense que psychologiquement cela doit être assez éprouvant. Ensuite, le garçon appelle la famille de la jeune fille et demande sa main. La plupart du temps, les parents acceptent car la réputation de la fille est fichue et ce sera très difficile pour elle de trouver un mari. Mais il y a aussi des cas ou les parents refusent car ce qui leur importe, c’est le bonheur de leur fille. On m’a raconté une histoire d’une fille qui s’est fait « dérobée » quatre fois par le même gars et à chaque fois elle a refusé de l’épouser. Mais apparemment, lui n’a pas compris.


En Arménie, on peut se marier par amour mais on se marie surtout parce qu’il faut se marier et on ne se pose pas plus de questions. En outre, les mariages d’intérêt existent encore. Et même ceux qui s’aiment se marient sans avoir vraiment le temps de se connaître. Si le divorce n’était pas si mal vu, je suis persuadée qu’il y aurait beaucoup plus de couples qui se sépareraient. Mais chacun prend son parti : le mari va aux putes et passe une bonne partie de ses soirées avec ses amis ou alors il est fidèle à sa femme mais reste des heures, le soir, devant sa télé tandis que les femmes sont tellement débordées de travail qu’elles n’ont pas trop le temps de réfléchir à cette situation. Chacun vaque à ses occupations et il est extrêmement rare de voir un couple se promener en ville en amoureux et si l’on en voit un, ce sont de jeunes fiancés. Mais je suis assez curieuse de savoir si ces jeunes couples continuent de se promener ensemble après le mariage. A Erevan, par contre, il est assez courant de voir de jeunes amoureux se balader bras dessus bras dessous et même s’embrasser ! Je ne peux pas m’empêcher de les regarder comme des bêtes de cirque tellement j’ai perdu l’habitude d’en voir.

Il y a aussi beaucoup d’hommes mariés qui partent travailler en Russie car ici il est très difficile de trouver un travail. Ils envoient de l’argent à leur famille restée en Arménie et viennent peut-être une fois par an ou pas du tout. Finalement, ils ont goûté à une vie agréable et n’ont parfois plus envie de revenir. J'ai rencontré un Arménien qui a vécu plusieurs années en Russie avec sa famille. Ils sont revenus en Arménie car leurs papiers n'étaient plus en règle et parce que, depuis le conflit avec la Georgie, c’est devenu plus compliqué pour les travailleurs étrangers de renouveler leur « carte de séjour ». Il me disait que la Russie était maintenant devenue sa vraie patrie et qu’il se sentait libre là-bas de vivre comme bon lui semblait. Il me disait aussi qu’il préférait les filles russes qui faisaient ce qu’elles voulaient mais qui le faisaient « honnêtement », tandis que selon lui, « les Arméniennes s’effarouchent dès que tu leur demandes l’heure, mais en fait, elles sont pires que les Russes car tout est fait en cachette ». Mais quand il s’agit du modèle familial, il n’y a pas à balancer, il préfère le modèle arménien bien sûr.

Toutefois, on commence à trouver quelques femmes qui ne veulent pas se dépêcher de se marier. A Erevan, bien sûr, il y en a beaucoup qui ont la trentaine et qui ne sont toujours pas mariées. Elles semblent assez déçues par les hommes arméniens au caractère plutôt machos. Gayane, qui a 32 ans, me dit en regardant les poissons de son aquarium qui nagent par couple, que les gens devraient suivre leur exemple et apprendre à vivre comme eux. A Idjevan aussi, il est possible de rencontrer des femmes « modernes ». Naira, la chef de l’office du tourisme, a 36 ans et me déclare qu’elle ne veut pas se marier simplement « parce qu’il est temps ». Quand je lui explique qu’en France les couples vivent plusieurs années ensemble avant de se marier, histoire d’être sûr que c’est la bonne personne, elle me répond que cela devrait toujours se passer comme ça. J’avoue que je ne pensais pas trouver quelqu’un à Idjevan qui adhèrerait à ces idées. Naira me dit qu’elle n’a pas encore trouvé la bonne personne et que les hommes ici n’aident en rien les femmes. Mais pour conclure, elle me déclare qu’il y a ici beaucoup de bons garçons, sans doute parce qu’elle ne veut pas me dégoûter.
Par contre, une fois mariés, « c’est obligatoirement pour créer une famille, même si ce n’est que pour faire un enfant, sinon ça ne sert à rien ». Tout le monde m’a dit la même chose. Autrefois, les femmes veuves trop âgées pour faire à nouveau des enfants ou bien les jeunes veuves devenues stériles suite à une maladie ne pouvaient plus se remarier. Elles ne servaient à rien. Et cela se voit encore aujourd’hui. Alors que je me promenais pieds nus dans ma famille d’accueil à Erevan, la mère s’est fâchée gentiment : « Pourquoi tu marches pieds nus ? Il ne faut pas que tu sois pieds nus si tu veux avoir des enfants plus tard. » J’avais déjà entendu cette maxime scientifique à Moscou qui prétend que marcher pieds nus est un risque d’infécondité.

Je racontais, à la mère de ma maisonnée en train de repasser, que les couples en France partagent les tâches domestiques et s’occupent ensemble des enfants. Les hommes ici sont vraiment très aimants avec les enfants comme je l’ai déjà écrit. Ils les mangent littéralement de baisers, mais cela ne leur viendrait jamais à l’esprit de les baigner ou de les habiller. La mère se plaint souvent qu’elle ne fait que travailler, la journée au travail et le soir le repas, les devoirs, le linge, le repassage et tout ça pour une famille de 8 personnes. « Voilà notre vie, dit-elle souvent, nous ne vivons pas, nous ne faisons que respirer. » Son mari, samedi dernier, est revenu complètement saoul, ce qui était une grande première pour moi. Il vient vers nous sur le balcon avec sa tasse, certainement rempli d’un breuvage pour éviter le mal de crâne le lendemain. Il a l’air de plutôt bien gérer, excepté qu’on dirait qu’il a pris un coup de massue et qu’il a les yeux tous rouges. Il attend que sa femme prépare le thé comme tous les soirs. Sa femme lui parle en français (il lui reste quelques vestiges de l’école) : « Pourquoi tu ne peux pas te servir du thé tout seul ? ». Puis elle lui apprend qu’en Europe les hommes aident leurs femmes à la maison et il dit avec son petit filet de voix : « Molodets », ce qui pourrait être traduit par « Bravo ». Et elle déclare que dorénavant leur famille va évoluer à l’européenne. Mais cela me parait difficile, il y a trop d’inertie du coté de son mari.

Récemment, j’ai fais mon « coming out ». J’ai avoué à ma famille d’accueil que mes parents n’avaient jamais été mariés. Même si je ne suis pas très mariage, je comprends assez que cela soit paradoxal pour eux qu’une personne décide de faire sa vie entière avec quelqu’un et de faire des enfants mais de ne pas vouloir se marier, car « on ne sait jamais ce qui peut arriver ». Et encore, je ne leur ai pas dit que mes parents étaient séparés. Ce sera la seconde étape. Et la troisième sera de leur dire que mon père s’est « remarié » avec une chinoise. Chaque chose en son temps. En tout cas, je me garde bien de dire ce genre de choses à d’autres personnes, ils pourraient croire par une sorte de déductions plus ou moins logiques que je suis une fille facile.

J’ai remarqué quelque chose de très amusant. Bien que les hommes ne lèvent pas le moindre petit doigt, lorsqu’il y a un invité à table, ils lui servent à manger directement dans son assiette comme un petit enfant. Je me suis même vue une fois donnée la becquée avec la fourchette, mais il s’agissait d’un type un peu bizarre. Idem, lorsqu’on va dans la nature au bord de la rivière faire des khorovats (« barbecue ». Ce n’est pas bien si vous ne suivez pas), c’est une affaire d’hommes de s’occuper des khorovats tandis que les femmes sont relégués aux tâches ne demandant pas beaucoup d’aptitude tel que le découpage de saucisson et de concombres. Lorsque j’ai fait part de mes observations à mes compagnons arméniens, les filles m’ont dit que c’était normal car cela demandait beaucoup d’expérience. Cette expérience serait-elle innée chez les garçons lorsqu’ils arrivent au monde? Et d’ajouter qu’il y a bien une femme qui fait elle-même les khorovats et qu’on peut la trouver dans la ville de Spitak !!

...Quant à moi, ma famille d’accueil m’a proposé de dormir ailleurs car la grand-mère est très mal. J’ai accepté, pas tellement à cause de la grand-mère, mais parce que l’atmosphère est vraiment tendue et cela me fait mal au cœur de voir qu’ils continuent de servir de la crème glacée à la grand-mère alors qu’elle souffre beaucoup de sa jambe. J’ai trouvé refuge chez Anoush, une arménienne de Dilidjan mais qui travaille à Idjevan. Elle a trente ans et révolutionne la vie de quartier d’Idjevan car elle loue un appartement seule et n’est toujours pas mariée (mais avais-je besoin de vous le préciser ?). Elle a fait ses études à Erevan et fait partie de la nouvelle génération qui a bien du mal à vivre en province à cause de la mentalité à l’ancienne et est dégoûtée de la corruption et du népotisme ambiants qui plombent selon elle toute velléité de développement.
Anoush a rencontré sa propriétaire pour régler les derniers détails. Après mille tracasseries entre propriétaire et locataire, la proprio a soudain demandé à Anoush si elle ne voulait pas épouser son fils. Anoush a absolument halluciné (et pourtant elle est arménienne) non seulement parce qu’elle ne connaît meme pas son fils, mais en plus elle ne peut pas s’imaginer que sa proprio, avec qui elle ne s’entend absolument pas, lui propose de devenir sa belle-fille. Sandrine, ma compatriote à Idjevan, pense que la proprio a fait exprès de déloger Anoush de l’appartement, afin que celle-ci presque « à la rue », consente au mariage avec le fils afin de retrouver un toit. C’est tout à fait plausible.

La Française d’Idjevan (non, ce n’est pas moi mais quelqu’un d’autre) m’a raconté que lorsqu’elle attendait ses enfants, toutes les femmes d’Idjevan lui ont conseillé d’accoucher à Erevan car l’hôpital d’Idjevan n’a pas bonne réputation. Il parait que n’importe qui peut devenir médecin ; il suffit de payer. L’usage veut que ce soit le médecin qui fait sortir l’enfant qui reçoit l’argent. C’est pourquoi la sage-femme qui voit sa garde se terminer insiste pour mettre un goutte-à-goutte afin de faire venir l’enfant plus vite, tandis que le médecin qui doit bientôt prendre sa garde refuse catégoriquement. Et une bataille acharnée commence entre les deux équipes médicales tandis que la mère au milieu essaye tant bien que mal de se dépatouiller.
Petit à petit la discussion débouche sur la question rituelle de est-ce que je pourrais vivre en Arménie et me marier ici. Je leur explique alors que c’est impossible, «chez nous» l’homme aide la femme. « Et seulement pour ça ? », éclate de rire le fils. J’explique patiemment que « chez nous » l’homme cuisine pas seulement parce qu’il faut mais aussi parce qu’il aime faire la cuisine. (Enfin, certains). Je sens le regard dubitatif de Khatchik. Puis, il me sort : « Bien sur, moi comme tu me vois, tous les soirs, je fais la vaisselle et je repasse. » Et il éclate de rire. « Si vous riez comme ça, c’est que vous ne devez pas le faire souvent. » Le fils me répond à son tour : « Bien sur, moi, je sais cuisiner. Lorsque j’étais étudiant à Erevan, je faisais ma cuisine tout seul. Et si ma femme est malade, je peux lui faire la cuisine. » - « Oui, mais chez nous, le mari fait la cuisine pas seulement lorsque la femme est malade. » Silence. Je me sens protégée par une immunité en posant comme condition préalable au mariage, la participation à 50% aux taches ménagères de mon futur mari. La mère me demande alors si j'aime les framboises et sur ma réponse positive demande à son fils de m'en apporter. Le fils rechigne, ne veut pas se lever. Sa mère réplique alors : «Marie a dit que les hommes devaient aider.» La formule magique a été prononcée et le fils, bien que maugréant, se lève finalement et apporte les framboises récoltées du jardin.

Lundi dernier, je reçois un appel étrange. Un jeune homme, qui ne veut pas se présenter, dit qu'il a beaucoup entendu parler de moi et veut me rencontrer. Il refuse de dire qui lui a donné mon numéro mais m'assure que ce se sont de bonnes gens, bien intentionnées. Cela ne fait que la troisième fois que cela m'arrive et je décide de sévir. Bien sûr, je refuse de rencontrer le gars. Par curiosité, j'aimerais bien le voir mais cette rencontre a l'air tellement officielle que j'ai peur de me retrouver mariée et enceinte aussitôt après. Le gars en question m'envoie un sms disant qu'il regrette beaucoup mon refus et que sans doute cette rencontre aurait changée notre existence à nous deux. Cela en dit long sur les moeurs arméniennes et leur naïveté concernant les affaires de coeur. Ils pensent qu'il suffit d'éprouver des sentiments pour que cela garantisse une union heureuse. On peut trouver des filles très intelligentes qui ont fait leurs études à Erevan et qui cependant sont persuadées qu'un jour elles trouveront l'homme de leur vie, qui bien sur est unique.

Lorsque je suis allée à la pharmacie de la place centrale, j'ai aperçu un large choix de préservatifs bien en évidence. Etant donné qu'il est rare pour une jeune fille d'avoir des relations sexuelles avant le mariage (ou alors elle risque de s'afficher comme «prostituée» et d'être immariable), j'en déduis que les jeunes gens utilisent essentiellement ces préservatifs pour leurs ébats avec les prostituées. Je sais également que certains hommes mariés sont des clients assidus. C'est en tout cas une bonne chose s'ils utilisent des préservatifs.

Curt m'a raconté que lors des premiers temps qu'il vivait en Arménie, il mangeait de nombreux khorovats avec les oignons qu'il adore. Finalement, il a été obligé de dire à ses collègues qu'il mangerait désormais les khorovats sans oignons, sa femme le menaçant de dormir ailleurs. Ses collègues l'ont regardé avec de grands yeux et lui ont demandé: «Ta femme t'embrasse tous les jours??». C'est alors que d'un seul coup Curt en a appris un tas sur les moeurs locales. Il a ensuite ajouté que ses collègues le regardaient avec un air d'envie ... ou de frayeur, il ne sait pas trop.
Karen m'affirme qu'il a eu plusieurs copines déjà, ce qui m'apparaît impensable ici. Selon lui, cela fait bien 40-50 ans que cela ne se passe plus à l'ancienne à Idjevan. Mais il me confirme que dans les campagnes, c'est beaucoup plus strict. «Moi, par exemple, j'ai adopté le style de vie européen», me déclare-t-il. Je ne suis pas totalement convaincue. Pour lui, avoir eu des copines signifie qu'il est tombé plusieurs fois amoureux et qu'il a lié amitié avec elles, rien de plus. Par ailleurs, il prétend qu'il est totalement libre et qu'il fait ce qu'il veut. Il peut ne pas revenir à la maison pendant trois jours sans prévenir ses parents. Mais j'ai entendu aussi qu'il avait lié amitié avec une fille pendant plusieurs années et qu'il avait rompu en partie parce que sa mère et sa soeur n'étaient pas favorables à cette relation. Le pouvoir des parents, et plus étonnant des frères et soeurs, est d'un poids considérable sur les épaules des jeunes gens.

Un volontaire américain m'a raconté que la femme d'un de ses amis arméniens lui a déclaré au beau milieu d'une conversation que ses parents n'avaient pas voulu qu'elle épouse l'homme qu'elle aimait. Elle avait donc épousé l'homme choisi par ses parents voilà maintenant trois ans. Apparemment, le mari est gentil mais ne comprend pas la nécessité d'être poli avec sa femme. Comme beaucoup d'hommes arméniens, lorsqu'il désire quelque chose il se contente de la nommer: «Pain. Verre.» sans ajouter les formules de politesse usuelles. Le mari pèse dans les 100 kilos mais il a eu la délicatesse de dire à sa femme devant les invités qu'elle ne devait pas manger gras car il ne voulait pas qu'elle grossisse.

Une fille, vivant pourtant à Erevan, a décidé de se marier car ses parents partant vivre à Moscou, elle ne pouvait pas décemment rester seule.

Que les parents choisissent les époux de leurs enfants est une chose, mais la logique qui préside au choix est souvent incompréhensible. Les parents ne choisissent pas en fonction de critères précis ni en fonction du caractère de leurs enfants afin de garantir une union harmonieuse mais souvent ils choisissent les enfants de leurs amis, même si de toute évidence cela risque de conduire à un mariage désastreux. Et même si les enfants suivent le choix de leurs parents, il n'est pas certain au bout de quelques années que les parents seront toujours aussi favorables au couple. Il y a quelques histoires comme ça de parents qui bien qu'ayant choisis les époux, s'amusent quelque temps après à faire pression pour qu'ils divorcent. Cela est sans doute du au fait qu'ils ont été eux-mêmes frustrés par un mariage forcé. Malheureusement, c'est un cercle vicieux.

Marie, Française




I am amazed by the time Armenian women take to cook, and to hold the house. This is possible only because the woman does not work or because her mother in law, or her step sister helps her (wives live with the parents of their husband), because if not, husbands would never have the chance to eat so well prepared meals. One day, Ararat, my host, said a beautiful compliment to his wife, telling me that Armenian women were tough workers. His wife replied:
« -Do you think that in France women don't deal with their house?
-Yes, but they don't have to take care of families with so many members. » I think it was his own way to thank her for all the things she was doing and to get her approval to continue to sit without doing anything. Here, women are used to serve men and the little Mara, 8 years-old serve her little brother, 3 years-old as if it was as evident as breathing. The new generation starts to change and you can find few men who help a bit more their wives, who have less prejudices.
For the moment, I have never seen any provincial girl smoking.
Razmik is the last one in the family, moreover he is the only boy; that's the reason why everything is done for him and that he regurlarly makes whims. He can eat five ice creams each day if he wants and then cry all the night long because he has a stomach ache. His sisters are very patient and let themselves be beaten by him, without saying anything untill they can not bear it anymore and they hurt him in an excess of nervousness. The mother comes, then, and give a big pair of slaps, to the girl, of course. Which is for me incredible is that he can hit his mother and his grand mother and shout at them « Shut up! » And the only reaction you can expect from the mother is a found smile to her dear child.
His sister Mara is 8 years-old and this year it is her first year of exams at school. It will happen every two years and she has to have good marks to study freely at university. Big responsability for such a little girl, no mistakes are allowed. She had left her chair one moment, with her exercises on the table when Razmik settled and decided to draw a huge bear on it. The mother only laughed.
In my hosting family, nobody dare to say « no » to the children or to the grand parents. That is because they do not want to be taken as an authoritarian or a naughty person even if it is a good way. The grand mother seriously suffers of sugar diabetes, and one whole side of her body is really painful. She went to Yerevan for exams. She can not eat sugar but on her night table, I caught a sight of sweets to eat with the coffee and some fruit juice. the mother complains but she does not dare to forbid it definitely. But it is dangerous. She is threatened by the gangrenous and it is possible that she has to have her leg cut.
I found a real Armenian Colomba. Elmine is a breeder's daughter and has a very strong character. She tells me that one day she gave a stab to a boy because he dared to give her a punch. Apparently, he was a bit strange and « I do not like that people put their hand on me » she said. I ask her if it often happens that she walks in the street with a knife and she said that before she was walking systematically with a knife because the streets were not sure for a girl but since this story happened, she can walk at any time during the day or during the night, nobody will bother her. She has done karate, which is quite original for a girl particularly for a girl from a little village, and she wants to enter the police which is not very common.
She is 20 years-old and contrary to a lot of girls in her village, she does not want to marry for the moment. She wants to enjoy her life. In Yerevan you can find more and more « european » couples, but in cities like Ijevan, the average to marry is 23 years-old for boys and 21 for girls, whereas in the villages, the average is around less than 20 years-old and you still can find 16 years-old girls who marry, in the countryside or in the city. It depends on the social background and for some poor families, it is better that the daughter goes away to marry, since traditionnally the wife lives with her husband's famlily. I was told that in Yerevan, a woman sent her 13 years-old daughter's picture to United States so that they can find a husband for her. And it is not an isolated case, I heard.
Some girls want to marry early also because here, it is a true well-estimated social status for everybody. A girl who is not married is a kind of eternal teenager. I was quite embarrased at the beginning because everybody, in the city or in the villages asked me if I was married, because I am already old for them and they are surprised that my father let me leave. And everybody ends the conversation by declaring that they will find for me a husband here. Marriage and couple issues are an obsession; it is as if it was their unique goal in their life. We celebrated my birthday with some Armenian friends and one of the first toasts was:
«- If you were living in Armenia, Marie, we would wish you for your birthday that you...
-OK, I have guessed what! »
A neighbour congratulated me like that: « My daughter-in-law married when she was 25 years-old. So, you still have time. »
Girls married also very early because, they told me, some of them behave too « freely » and they have to marry before losing their virginity. Here, you have to be virgin before marriage. If people think that they are not anymore, and if an occasion to marry happens, they have to rush on it because it may not happen anymore because of the girl reputation. If the girl likes the boy or not is an obsolete question. But of course, it depends also of the social background. I heard stories about early engaged boys who slept before marriage and eventually, the boy decided to break the engagement, because the girl was not serious when she accepted his proposal. In some villages and some very traditionnal families, they still show the sheets of the couple with a blood spot, proof of the bride's virginity loss.
The former caucasian tradition to kidnap a girl to marry her is still happening in Armenia, and in general, in all Caucasus and Central Asia. It happens like that: A boy « steals » a girl he likes with his friends' complicity. He hides her for a while in a relative's place, who treat her very well, without any sexual assault. For some days, she just has to watch all the time the stupid programs of armenian TV, and I think psychologically speaking, it is likely to be very hard. Then, the boy calls her family to ask for her hand. Usually, they accept because the girl's reputation is over and nobody will ask again to marry her. But sometimes, the parents refuse because they want their daughter to be happy. I was told that, one day, a girl was kidnap four times by the same guy and each time, she refused to marry him. But apparently, he did not understand...
In Armenia, you can marry for love but you, most of the time, marry because you have to and nobody wonder more about that. Besides, interests marriages still exist. And even those who love each other marry without having had the time to know each other. If the divorce was not so bad considerated, I am perfectly sure that a lot of couples would split off. But each member of the couple has its own interests: The husband goes to prostitutes and spend most of his nights with his friends or he stays faithful and is sat down in front of the TV whereas women are working the whole time, without time to think about the situation. You can rarely see a couple in love walking in the street and if you see one, it is for sure a young engaged couple. But I wonder if they continue to go out after they married.. In Yerevan, it is quite common to see some lovers walking together, and even to kiss! I can not prevent myself from staring at them, because it is so much unusual.
A lot of married males go to work in Russia because it is very hard to find a job. They send money to their family in Armenia and they come once a year or never. Finally, they have a nice life over there and they do not want to come back. I met an Armenian man who has lived several years with his family. They came back to Armenia because they did not have the documents anymore, because of the Georgian conflict; it has become more and more difficult for foreigner workers to renew their residence permit . He was telling me that Russia had become now his real patry and that he could live there how he wanted to. He was telling that he prefered girls there, who were doing whatever they wanted but they were doing it honnestly unlike « Armenian girls get mad when you ask them about the time, but actually they are worse than Russians, because they hide themself to do the things. » But about the family model, no doubt, they, of course, prefer the armenian's one.
However, you can find some women who do not want to hurry to marry. In Yerevan, they are many who are thirty years-old and not married yet. They seem to be disappointed by Armenian men because they are a bit sexist. Gayane, 32 years-old, tells me, looking at fishes who swim as couples, that people should behave the same and go in the same way. In Ijevan too, it is possible to meet « modern » women. Naira is 36 years-old, and declares that she does not want to marry only « because it is time ». When I explain her that in France, couples live several years together before marrying, because they want to be sure that they have chosen the right person, she answers me that it should be always like that. I have to say that I did not expect to find someone in Ijevan who would understand and agree to those ideas. Naira tells me that she did not find the right person, that, here, men do not help women. But to conclude, she says that there are a lot of good boys here, I think she told me that to make me less disgusted from them...
But, when they are married, « it has to be to create a family, even if it is only to make a child, if not, it is useless to marry ». Everybody told me the same. Before, veuve women, too old to have babies again or young widowed, who had become sterile because of a disease couldn't marry again. They were useless. And you can still notice it today. While I was walking naked feet in my hosting family, my mother got kindly angry: « why do you walk like that? You should not walk without anything on your feet if you want to have children later. » I had already heard that scientific sentence in Moscow, which says that walking with naked feet is a risk of sterility.
I was telling to the mother while she was ironing, that couples in France were sharing the housing work and that they rose up the children together. Men here are loving the children, they eat them litterarly with kisses, but it would never come to their mind to give them a bath or to dress them. The mother very often complains about the fact she is only working all the time, the day time at work, the evening at dinner, homeworks, dresses, ironing and eveything for a 8 people family. « Here is our life, she often says, we do not live, we just breath. » Her husband, last saturday, came back totally drunk, and it was a great first time for me. He comes to us, on the balcony with its cup, likely to be full of liquid to avoid a headache of the day after. He seems to deal good with that, except that he looks like he got a bad hit and that he has red eyes. He is waiting that his wife prepares the tea, as every evening. His wife talks to him in french. (she still has some notions from school): « why don't you prepare your tea by yourself? » Then she teaches him that in Europe, men help their wife in the house and he says : « molodets ». And she declares that their family has to evoluate towards the european model. But it seems to be difficult, according to me, her husband is really not ready for that.
Recently, I did my coming out. I told my hosting family that my parents never married. Even if I do not like so much marriage, I can easily understand that it can be paradoxical for them that someone decides to be his whole life with someone and to have children but that he does not want to marry because « you never know what can happen ». I did not tell him yet that my parents were separed... It will be the next step. And the third one will be to tell them that my father married again with a chinese woman. Each thing needs its own time. In any case, I do not tell this kind of things to other people, they could think, by a sort of more or less logical deductions that I am an easy girl...
I noticed something very funny. Although men do not do anything at home, when there is a guest, they put the food directly in their plate, as if he was a little child. One day, a strange guy even put the fork directly in my mouth. Idem, when you go to the river to make khorovatz (« barbecue »), it is a men business to do that while women cut the sausages or the cucumbers. When I told that to my Armenian friends, girls told me that it was normal because you have to be experienced to cook khorovats. Is this experience natural when boys are born? They even add that there is a woman who cooks that in Spitak!!!
My family proposed me to sleep somewhere else because the grand mother feels really bad. I accepted, not only because of the grand mother, but because the atmosphere is really stressed and I felt really bad when I was seeing that they were still giving some ice cream to this poor lady whereas she suffers a lot from her leg. I found a shelter in Anoush's place, an Armenian from Dilijan but who works in Ijevan. She is 30 yeas-old and she is a revolution in a district in Ijevan because she rents a flat alone and she is not married yet (but did I have to precise it?) She studied in Yerevan and she is part of this new generation who has difficulties to live in the countryside because of the old mentality and is disgusted by corruption and nepotism which make impossible a real development.
Anoush has met the owner of her flat to rule the last details. After a lot of problems between owner and tenant, the owner suddenly asked to Anoush if she wanted to marry her son. Anoush did not understand and was really amazed (although she is Armenian) first of all because she does not know her son, and moreover because she can not imagine that the owner of the flat, with whom she disagrees all the time, proposes her to become her daughter-in-law. My french friend in Ijevan, thinks that the owner put Anoush outside so that she accepts to marry her son, to find a roof again. It is more than possible.
She told me that when she was pregnant, every women told her to go to Yerevan to give birth to her baby, because Ijevan hospital has a really bad reputation. Everybody can become a doctor, they just have to pay. The habit wants that the doctor who makes the child go out receives the money. That's why the midwife hurries the baby a bit when she sees that her time is over, but the doctor refuses. Then a big battle occurs while the mother is between and she can do nothing.
Could you live and marry in Armenia? I explain them that it is impossible,
« -« in my place », the man helps the woman.
-And only for that? » the son is laughing. I explain, patiently that « in my place », men can cook not only because theyhave to, but also because they like it. (I mean, some of them). I feel that Khatchik is doubtful. Then he says:
« Of course, I wash dishes and I iron every evening. (laughs) If you laugh, that means that you do not do it very often. » Then the son tells me:
« -Of course, I know how to cook. When I was studying in Yerevan, I was cooking for myself. If my wife is ill I can cook for her.
-Yes, but « in my place », the husband does not need that his wife is ill to cook. »
Silence.
I feel protected about this marriage question as soon as I put as a condition, the 50% house tasks sharing of my future husband. The mother asks me if I like raspberries, and as I answered « yes », she asks her son to bring some for me. He is not so glad about it and does not want to go. His mother replied:
« Marie told that men should help! » It is magic. Eventually, the son stands up to bring the raspberries from the garden.
Last monday, I received strange call. A young guy, who does not want to tell me his name, tells me that he heard a lot about me and that he wants to meet me. He refuses to say who gave him my number but assures me that they are good people well-intentionned. It is only the third time that it happens to me, so I decide to become strict. Of course I refuse to meet this guy. I would like to meet him because I am curious but I am afraid to become married and pregnant immediately after. He replied that he is disappointed about my refusal and that this encounter would have changed our both lives. This tells a lot about armenian habits and their simplicity and ingenuousness concerning heart business... They think that you just need to have feelings to have a good and happy union. You can find very clever girls who have studied in Yerevan and who are however sure that they will find one day the man of their life, who of course is unique.
When I went to the pharmacy on the main place, I saw an obvious large choice of condoms. Giving that it is rare for a girl to have sexual relationships before marriage (or they take the risk to be considered as a prostitute, and to become « unmarriable »), I deduce that young men use condoms only for their stories with prostitutes. I also know some married men who are very regular customers. It is any way a good thing if they use them.
Curt told me that during the first times he was in Armenia, he was eating a lot of khorovats with onions, because he loves them. Finally, he had to tell his colleagues that he should eat khorovats without onions, because his wife is threatening him to sleep somewhere else. His colleagues looked at him with big eyes:
« Your wife kisses you every day? »
That was the way Curt learnt a lot from the local habits. Then he added that his colleagues had an expression of envy... or of fear, he does not know.
Karen tells me that he had already have several girlfriends, this seems to me unthoughtful. According to me, it is 40-50 years that it does not happen like before in Ijevan. But he confirmed that in the coutryside, it is much more strict.
« Me, for instance, I adopted an european lifestyle », he declares.
I am not totally convinced. For him, having had girlfriends means that he felt in love several times. And that he became friend with them, nothing else. By the way, he professes that he is totally free and that he does whatever he wants. He can't not come back home for three days without informing his parents. But I heard that he made friendship with a girl during several years and that he stoped, a bit because his mother and his sister were not agreeable to this relation. The parents power, and moreover, sisters and brothers' one, is heavy on young people shoulders.
An american volunteer told me that one of his armenian friends asserted in the middle of a conversation that her parents did not want her to marry the man she loved. She married a man chosen by her parents three years ago. Apparently, the husband is kind but does not understand the necessity to be polite with his wife. As many Armenian men, when he wants something, he settles for calling it: « bread. Glass. » without adding any other kind of usual polite expression. The husband weighs about 100 kilos but had the sensitiveness to tell to his wife in front of guests that she should not eat too much oily food because he did not want her to put on weight.
A girl, living in Yerevan however, decided to marry because her parents were going to live in Moskow, she definitely could not stay alone.
The fact that parents chose the spouse of their children is one thing, but the logic which leads the choice is very often ununderstandingable. The parents do not chose according precise criteria, neither according to their children characters in order to guarantee an appropriate union but often they chose their friends' children, even if, obviously it risks to drive them to a disastrous life. And even if the children want to follow their parents' choice, it is not sure that, after some years, the parents still agree so much about the couple. There are some stories like that, about parents who had chosen the spouses, make some pressure after, to make them divorce. May be it is because they were themselves frustrated by an obligated wedding. Unfortunately, it is a vicious circle.
Girls are not systematically dressed as if they were going to a reception with 8 centimeters heels and you can see that for them marriage is not such an obsession. In Hayastan, almost everybody have the same hairstyle, the same way of dressing, except in Yerevan of course. It is not only a simple appearance issue. In Armenia I noticed that about a lot of subjects, people did not have their own opinion but they were repeating some prejudices, being convinced that these ideas were their own.


Marie, French




Friday, October 19, 2007

Retour...



Ma soirée de départ, quelque peu originale.


Noravanq avec Jérôme


Tatev, avec Stepan et Armen qui nage dans le bassin d'eau minérale naturelle chaude.


Sevan...

Voilà quelques images qui me restent de la beauté arménienne. Et cette soirée de départ si émouvante. C'était Noël, j'ai été couverte de cadeaux...

Que dire sur le retour? Jusqu'à présent, je n'ai pas vraiment compris ce qui m'arrivait. Je déteste les transitions. Je sais que je devrais faire le point sur le passé, tirer des leçons pour le futur. Mais non. Quitter des gens me fait toujours très mal, et ce, même si c'est pour en retrouver d'autres que j'aime. Douleur de partir, peur de l'à venir. 2 vies en une seule.

Je vois combien j'ai été dure avec l'Arménie, parce que j'y étais. Je sais que l'Arménie est bien plus que le croquis que j'en ai fait. C'était génial parce que c'était dur aussi mais qu'on était pas tout seul dans le cas. On écrit souvent sur ce qui est difficile. Pas sur ce qu'on aime. L'interculturalité est quelque chose de passionnant si on aime le genre humain.

Retour aussi à une vie française.

Chère. Propre. Organisée. Rangée. Confortable. Facile. Diverse. Urbaine. Spacieuse. Fade. Aculturée. Consommatrice. Pollueuse.

Etudes dans les filières non rentables.

Les gens sont ouverts à peu près. Ils ralent.

Mais je suis redevenue LIBRE.


Sunday, September 30, 2007

Un peu d'histoire

Mémorial du génocide


Garni, temple très très vieux


Fabrication du lavash, pain traditionnel


Karabakh


Intérieur d'une mosquée au Karabakh



Pour une meilleure compréhension de cette étrange culture: (presque d'après le petit futé en résumé et je suis pas une spécialiste de l'histoire!)
Le symbole de l'Arménie est le Mont Ararat qui se trouve maintenant en Turquie. C'est sur cette double merveilleuse montagne, source spirituelle pour les Arméniens, qu'est supposée s'être échouée l'Arche de Noé. Ce serait ici également qu'était situé le Jardin d'Eden. Lorsque Prométhée a volé le feu et l'habileté technique aux Dieux pour les donner à l'humanité, il a été condamné par Zeus à se faire éternellement le foie par un aigle... sur le Mont Ararat. (Il nous l'avait pas dit ça le prof de philo, hein ma Clé!). Cette montagne est donc le berceau de quelques uns de nos grands mythes. Les Arméniens vous diront que c'est tout simplement le berceau de l'humanité. Et la marmotte...
L'Arménie était bien plus grande (10 fois). La présence d'un peuple dans la région date de 3000 ans.
Leur passé est riche et les Arméniens ont une grande nostalgie et sont nationalistes sans être impérialistes en général. Le territoire a toujours été envahi par ses voisins et n'a presque jamais été gouverné par les Arméniens. Les Turcs et les Azéris considèrent des parties du territoire arménien comme le leur. En Arménien, Arménie se dit Hayastan. Ce nom vient de Hayk qui serait l'arrière petit fils de Noé et qui aurait fondé l'Arménie. La langue parlée serait de type indoeuropéen. "Les Arméniens sont bruns, avec une brachycéphalie très marquée, (crâne court et occiput aplati) qui trahit l'appartenance au rameau dinarique, ou balkanique, de la race alpine." dixit: le petit futé qui raconte ce que certains spécialistes croient. J'espère que ça vous éclaire sur "à quoi y ressemblent".
Ourartou est le premier royaume arménien de -590 à -860. Il disparaîtra (tout comme l'Assyrie) à la suite d'une succession d'invasions par des civilisations indoeuropéennes dont semblent avoir profité les Arméniens. La ville d'Erevan serait née en -782.
Entre les Perses et les Grecs, l'Arménie s'affirme. Les Perses ne laissent qu'une souveraineté limitée aux Arméniens même si la Perse a donné un certain degré d'indépendance à l'Arménie. C'est Alexandre Le Grand qui donnera une fin à cette iranisation de l'Arménie tout en l'ouvrant de façon déterminante à l'hellénisme qui détrônera les modèles perses. Leur identité nationale s'affirme au IIe siècle politiquement et culturellement par le fait que la langue arménienne est imposée à l'ensemble du pays.
Tigran le Grand (-95 à 54) donne au pays une grande extension, développe l'économie et le commerce et l'Arménie devient un empire qui fera même de l'ombre aux Romains avec lesquels elle sera d'abord allié puis ennemie. Après, elle devient un protectorat romain.
A la fin du IV e siècle, il faut choisir un camp entre l'Orient et l'Occident (symbolisés par la Perse et Rome). Cette tension marque profondément l'histoire arménienne. Comme les Perses refusent la réalité religieuse de l'Arménie (qui a adopté le christianisme comme religion d'État en 301; premier État chrétien 80 ans avant l'Empire romain et ils en sont fiers en plus!), ils commencent à devenir une vraie menace. L'alphabet (dont mon ami iranien s'amuse à dire qu'il provient d'un plat de spaghettis qu'aurait lancé Mesrop Mashtots sur un mur) à été créé en 406 et a permis de remplacer les langues étrangères en usage dans la littérature et l'administration. Et je l'adore malgré sa complexité à écrire et à prononcer.
Lors de la bataille d'Avaïr en 451, l'Arménie est sous la domination de la Grèce et de la Perse et lève une petite armée. Ils ont une défaite mais les Perses n'ont pas réussi à imposer leur religion mazdéenne, donc aux yeux arméniens, c'était une victoire.
La religion apostolique autocéphale arménienne n'est pas reconnue comme chrétienne à cause de son identité originale: "Le Christ est reconnu comme une nature humaine et une nature divine unies mais non confondues." En gros, Jésus est Dieu, ou en tout cas, c'est pas un être humain, enfin un truc comme ça.
VIe siècle: Il y a une absence de solidarité chrétienne quand les Arabes font leur apparition sur la scène du Proche Orient, répandant la parole de leur prophète. Les Arméniens n'aspirent qu'à vivre en paix dans le respect de leur identité et de leur foi. A cet égard, les Arméniens, les deux siècles et demi de domination arabe seront positifs politiquement mettant fin au morcellement politique traditionnel arménien.
Puis des guerres avec les 2 puissances du moments: Bagdad et Constantinople. L'indépendance sera rétablie à la fin du XII e siècle en Arménie.
Au XIIIe siècle, les Arméniens qui fuient les invasions ottomanes déménagent vers la Cilicie (entre la Turquie et la Syrie) où ils resteront 3 siècles. C'est le rare exemple dans l'histoire d'une nation qui s'expatrie ailleurs pour recréer ailleurs les conditions de sa survie politique. C'est au cours de cette époque que la France marque les institutions arméniennes et que les pays seront mariés...
Au XVe L'Arménie se divise en petites principautés. Les Croisades leur donnent l'espoir d'une renaissance. Ils se replient sur eux mêmes face à leur impossibilité de gérer les invasions des Ottomans et des Perses (Turquie et Iran en gros). Aux XVIIe et XVIIe, ils sont les rois du commerce et de la diffusion d'idées nouvelles entre l'Orient et l'Occident, d'où le sentiment patriotique qui se réveille.
Ils se tournent vers la puissance chrétienne la plus proche dans ce contexte de montée de l'Islam, la Russie de Pierre Le Grand.
Au XIXe, l'Europe marquée par l'aventure Napoléonienne (encore admirée ici!)voit de nombreuses nouvelles nations en gestation qui donneront un modèle théorique aux Arméniens pour leur émancipation.

En attente...

Thursday, August 30, 2007

La Géorgie







Comme l'Azerbaïdjan est vraiment un pays dans lequel je n'ai pas envie d'aller (étant donné que tous ceux que j'ai rencontrés dans des échanges de jeunes étaient lavés du cerveau, accompagnés d'une personne du KGB et qu'ils m'ont interdit de parler de certains sujets politiques parce que j'étais Française), il ne me restait plus que la frontière Nord de l'Arménie à traverser pour avoir fait le tour de tous ses pays voisins.

Mon visa expirant, il fallait faire vite pour ne pas avoir à en racheter un autre. A l'arrache, le dernier des volontaires à arriver avant mon départ, Luc, celui qui a repris mon projet, accepte de m'accompagner. C'était risqué, on se connaissait depuis deux jours. Rien ne disait qu'on allait s'entendre.

Tout s'est pourtant bien passé, je gérais le voyage. Nous avons visité Tbilissi le premier jour. Elle me paraît tellement plus européenne qu'Erevan! Puis, nous repartons vers Kazbeghi au nord, près de la frontière russe. Nous grimpons une colline pour visiter une Eglise orthodoxe. 2800 m. Je suis en robe et en sandalettes. Autour de nous, les randonneurs sont équipés comme s'ils allaient grimper le Mont Blanc. Parcours très facile (de toute façon après Aragats, tout me paraît facile...). Arrivés dans l'Eglise, les femmes doivent se voiler la tête et mettre une jupe. Ils en distribuent à l'entrée. Je suis déjà équipée.

En Turquie, il faut se couvrir les épaules, en Iran, il faut mettre un tchador, en Géorgie, un voile et une jupe. En Arménie, à moins que vous débarquiez à poil, personne ne vous dira rien.

Après mes neuf mois en Arménie, la Géorgie n'a pas grand chose d'original; à mon avis, elle est beaucoup plus facile à vivre pour nous, Européens.

Friday, August 10, 2007

Merci du fond du coeur!


Vlad, le grand amoureux de la France, mon seul élève fidèle qui n'a raté qu'un cours en 9 mois...!
Un être cher qui a toujours répondu présent à l'appel et qui s'est occupé de moi et de toute ma famille quand ils sont venus. Sa famille est ma troisième famille en Arménie.




Jérôme, "le petit nouveau" pour moi. Il est mon colloc français qui a supporté mon besoin de parler patois, de dire des gros mots... Il a aussi toujours écouté les difficultés que j'ai eues à vivre ici, sans juger et en essayant de m'aider




Dzovinar, une Libanaise de la diaspora arménienne, une fille touchante à qui j'ai pu me confier bien des fois parce qu'elle ne me juge pas. Rencontre tardive, elle est l'une de celles qui me comprennent le mieux.


Armen sauvage, l'Américain arménien de la diaspora qui connaît tout un tas de trucs bizarres pour survivre dans la nature, genre manger des orties et faire du thé avec un briquet et un pot sur la glace à -20 degrés... Il a une jolie philosophie de la vie.



Typhenn, pour le coup elle est vraiment nouvelle. Une Française qui est là pour un an. Je m'entends très bien avec elle et partage son angoisse de rester ici si longtemps... Choc culturel oblige.



Je n'oublie pas les serveurs de l'Irish pub, Zatik les autres volontaires de FYCA et quelques personnes de fin de parcours...

...quelque chose d'extraordinaire.


Thomas, le Franco-libanais qui ne voulait pas rencontrer de Français... Finalement, on a réussi à s'apprivoiser! Sa discrétion cache souvent la pertinence de ses analyses sur la société arménienne entre autre.


Émilie, ma Française. Nos rencontres ont été rares mais très intenses! Elle a fait preuve d'un courage admirable en restant 8 mois dans une ville où il n'y a rien, où personne ne veut habiter. Elle m'a fait relativiser ma situation en posant des mots sur ce que je pouvais ressentir ici.


Arthur, l'Arménien discret qui est toujours présent quand on l'appelle. Il est un bon photographe au coeur sur la main. Il est aussi très protecteur et n'a pas peur de dire la vérité sur son pays.



Ed, l'Anglais Australien, artiste féministe qui a toujours cherché à m'aider en m'offrant l'hospitalité. Le seul garçon qui ait vraiment compris la difficulté d'être une fille européenne en Arménie.

Peter, le Hongrois à l'humour fatal... Le seul que je connaisse qui parle plus que moi... Un sve avec qui je partage mon lieu de travail à Zatik.

Ces gens qui ont fait de mon séjour en Arménie...

Julka, ma colloc lituanienne de chambre pendant 7 mois. Une fille courageuse avec qui j'ai passé de vrais bons moments à péter les plombs, à partager nos difficultés et à en rire...


Anahit, une autre Arménienne très ouverte d'esprit qui m'a proposé son aide et sa disponibilité dès le début, m'intégrant dans le dynamisme culturel d'Erevan. C'est aussi la plus belle que je connaisse!


Gregor, le plus proche de mes amis. Il a toujours été là pour m'écouter, pour partager. Nos avons eu de longues discussions assez alcoolisées je dois dire, à refaire le monde et à nous refaire nous mêmes. C'est son intérêt pour l'autre et son honnêteté à toute épreuve qui m'ont le plus touchée. L'amitié franco-allemande existe.


Hayes, l'Américain amoureux de la cuisine française. J'ai mis du temps à découvrir ce personnage au passé peu commun, qui a une grande culture et une générosité de coeur émouvante. C'est au Haut-Karabakh que j'ai compris tout ça.


Rajat, l'Indien avec qui j'ai passé quelques nuits blanches arrosées pendant l'hiver, à raconter nos vies et à médire sur les Arméniens. J'ai vraiment découvert la culture indienne grâce à lui.